Matthieu 16,21-27
Première annonce de la Passion
Évangile du dimanche 30 août
par Pierre Perrier, académicien
L’intérêt du passage d’évangile que Matthieu nous rapporte ici, c’est qu’il marque un moment décisif dans la mise en place du projet de rédemption que le Dieu d’Israël a conçu pour sauver le genre humain. Il donne en effet d’assister à un temps de basculement au cours duquel Jésus révèle enfin le rôle que Son Père Lui a réservé dans l’économie du Salut ; en l’offrant Lui-même en holocauste et en renouvelant ainsi le geste prophétique d’Abraham, sacrifiant sur le bûcher la vie d’Isaac, son fils unique.
Re-passe derrière Moi Satan !
Au verset 23, l’utilisation de "Re-passe" et non de l’habituel "passe" insiste sur le fait que Jésus reconnaît bien que Pierre est à Sa suite (ne l’a-t-il pas reconnu comme le Messie ?[1]) mais qu’alors, tenté par "l’Adversaire" (Satan), il ne comprend pas cette première annonce de la Passion, et qu’il doit donc revenir à l’enseignement de son Maître...
Données introductives
| Évangile du dimanche 30 août 2026 : | 22e Dimanche du Temps Ordinaire - Année A |
|---|---|
| Synopse de cet évangile : |
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| Niveau d’enseignement : | 2e niveau : enseignements de Jésus aux disciples (pour les diacres) |
| Collier évangélique : | Collier central |
Note : Le découpage liturgique des évangiles ne révèle pas leur composition en damiers et en colliers de perles. Rétablir cette connaissance - qui structure l'enseignement donné par Jésus Lui-même - apporterait richesse et facilité d'assimilation à la catéchèse. |
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L'Évangile : Matthieu 16,21-27
Note de traduction : pour des questions de droits d’auteur qui nous empêchent de publier le texte commun, nous vous proposons ici une traduction de l'Évangile depuis la Vulgate latine et la Peshitta araméenne. Bien qu'imparfaite, notre traduction cherche à favoriser la conservation du contexte de ces deux traditions ecclésiales. La pertinence de cette page tient davantage au commentaire proposé à sa suite.
- [1]Et à partir de ce moment-là, Jésus commença à montrer à ses disciples qu’Il aurait à aller à Jérusalem, et à souffrir beaucoup de la part des anciens et des grands prêtres et des scribes, et à être mis à mort, puis le troisième jour à se remettre debout[2].
- Et Pierre se décida en lui-même et commença à s’opposer à Lui et dit : « Contre Toi Mon Seigneur cela ne peut être proposé[3] ! »
- Alors Il se retourne et dit à Pierre : « Re-passe derrière Moi, tu es à la suite de Satan[4] pour Me faire trébucher en faisant non pas le raisonnement de Dieu mais celui des enfants des hommes. »
- Alors Jésus dit à ses disciples : « Qui veut venir derrière Moi, qu’il renonce à lui-même, prenne sa croix et M’écoute.
- Car celui qui veut sauver sa Vie[5] avec sa gorge[6] la perdra et celui qui perdra sa gorge la retrouvera.
- Car comptez bien : vaut-il mieux qu’un fils d’homme gagne le monde entier en perdant son moi ? Et qu’aurait un fils d’homme à donner en échange de son moi[7] ?
- Le Fils de l’homme en sa richesse[8] se prépare en effet pour venir dans la Gloire de son Père avec Ses saints anges, et alors Il récompensera chaque homme selon ses œuvres. »
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Commentaire
Le vrai Messie d’Israël sera surtout un « agneau immolé »
« Celui que le Monde attend » ne sera pas seulement le Messie d’Israël. Il devra aussi et surtout être un « Agneau sans défaut, immolé pour le salut de tous les hommes ».
Voilà ce que nous enseigne cet épisode et ce à quoi les enfants d’Israël étaient bien loin de pouvoir s’attendre. Même si Jean-Baptiste le leur avait clairement donné à entendre, lorsque - désignant son Cousin au milieu de la foule - il avait fait résonner cette phrase prophétique : « Voici l’Agneau de Dieu, voici Celui qui prend sur Lui le péché du monde »[1].
Pour les juifs pieux qui assistaient alors à la scène, le mot « agneau » était à l’évidence fortement connoté. Il ne pouvait pas ne pas évoquer l’idée d‘un sacrifice, et d’un de ces sacrifices sanglants que les prêtres d’Israël avaient coutume de pratiquer sur les autels de Yod-Hé-Wav-Hé et dans le Temple de Jérusalem. Mais à l’époque, personne dans la foule qui se pressait à Betharaba[2] n’avait compris cette allusion pourtant limpide, et c’est dans un désert d’incompréhension que les paroles du Précurseur avaient retenti.
L’attente d’un Messie triomphant
Tous ces fidèles descendants d’Abraham n’avaient eu aucun mal à admettre que Jésus fût le Messie. Cette idée était pour eux d’autant plus séduisante qu’elle laissait espérer la venue d’un prince triomphant qui restaurerait la liberté d’Israël et ramènerait la dynastie de David sur son trône. En revanche, ils étaient à mille lieues de pouvoir imaginer le sort qui attendait le Fils de Marie et de Joseph, et l’idée qu’aussitôt après l’épisode des Rameaux et l’entrée triomphale à Jérusalem, s’ouvriraient pour Jésus les affres d’une douloureuse Passion, avec le chemin du Calvaire et une mort ignominieuse sur une Croix.
Une révélation progressive
C’est donc très progressivement et avec pédagogie que Jésus leur a expliqué la chose ; par trois annonces de Sa Passion et de Sa Résurrection, et en interdisant à ses fidèles les plus proches d’aller dire à quiconque qu’Il était le Messie. Crainte sans doute que cette idée ne vînt focaliser et exaspérer les enthousiasmes et qu’elle n’obérât, du même coup, la douloureuse perspective du Calvaire et la nécessité d’une rédemption par la Croix.
Tous se réjouissent à l’idée de venir acclamer le Messie, Fils de David. Mais il n’en est toutefois pas un seul qui s’attende à Le voir sujet à la souffrance et à l’échec et vaincu par la mort. Pierre qui allait devenir le chef de l’Église et qui a été réellement inspiré par l’Esprit Saint le jour où il a désigné Jésus comme le Messie d’Israël, n’a, comme les autres, pas alors compris immédiatement l’essentiel du message.
Pierre se fait tirer l’oreille
C’est à tel point que, pour aider le futur chef de son Église à franchir l’ultime obstacle de son parcours de compréhension du Mystère, Jésus doit vigoureusement l’admonester. Il veut impérativement lui faire comprendre que l’important pour l’Église n’est pas la gloire apparente d’un Messie dont le charisme soulèverait l’enthousiasme bruyant des foules, mais la Miséricorde dont elle devra vivre, et ce « plus grand amour » qui fait qu’un homme peut se sacrifier et « donner sa vie pour ses amis »[3].
Le futur chef de l’Église ne peut pas imaginer que le Christ soit supplicié et mis à mort comme un vulgaire brigand. Et que de surcroît Il le soit, non par un peuple naïf et versatile, mais par des grands prêtres et des savants qui connaissent sur le bout des doigts la Loi et les Prophètes et qui ont, comme il l’aura plus tard lui-même, la charge de diriger le Peuple de Dieu.
Les juifs de son temps rêvent d’un peuple de Dieu paisible et triomphant de ses ennemis alors que Jésus veut absolument faire comprendre à Pierre qu’il n’en sera pas ainsi dans l’Église dont Il va lui confier la gouvernance. Avant toutes choses et à l’imitation de Son Divin Maître, elle devra pratiquer la miséricorde. Et cette miséricorde ne vaudra rien si elle n’est pas ancrée dans le sacrifice ; dans ce sacrifice de soi que, d’une manière ou d’une autre, chacun de ses membres devra apprendre à pratiquer à son tour, dans le secret de son cœur comme dans tous les aspects de sa vie.
L’âme, ou plutôt la « gorge »
Il est un vocable de la langue araméenne qui exprime bien ces exigences ultimes de sacrifice et de renoncement à soi-même qui sont les conditions « sine qua non » de la miséricorde. Il se prononce « napshâ », se traduit habituellement par le mot français « âme » et au sens propre, il désigne la gorge, cet organe qui peut être celui d’un agneau et que le sacrificateur tranche d’un coup de couteau, sur l’autel des holocaustes. Sa fonction analogique est celle d’un connecteur qui permet les échanges entre l’extériorité du monde et l’intériorité de la vie spirituelle, c’est-à-dire de notre esprit.
Une vie spirituelle dans laquelle l’homme ne saurait ni entrer ni demeurer sans faire préalablement le sacrifice de tout ce qu’il est et de tout ce qu’il possède.
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