Matthieu 21,28-32
La parabole des deux frères
Évangile du dimanche 27 septembre
par Pierre Perrier, académicien
À l’enthousiasme qu’a soulevé l’annonce de la Bonne Nouvelle, il était inéluctable que succédât un temps de relâchement. C’est le problème que Matthieu évoque dans ce court passage d’évangile où, tout en rapportant les propos de Jésus, il laisse discrètement percevoir son expérience personnelle de converti.
Cette parabole n’est pas une légende à la mode orientale. Elle appelle à un développement apocalyptique qui se révélera dans les textes des deux prochains dimanches. Nous invitons donc le lecteur à leur porter une attention particulière.
Données introductives
| Évangile du dimanche 27 septembre 2026 : | 26e Dimanche du Temps Ordinaire - Année A |
|---|---|
| Synopse de cet évangile : | Dans aucun autre évangile. |
| Niveau d’enseignement : | 1er niveau : catéchèse de Jésus aux familles, "dans les maisons" (pour tous) |
| Colliers évangéliques : |
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Note : Le découpage liturgique des évangiles ne révèle pas leur composition en damiers et en colliers de perles. Rétablir cette connaissance - qui structure l'enseignement donné par Jésus Lui-même - apporterait richesse et facilité d'assimilation à la catéchèse. |
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L'Évangile : Matthieu 21,28-32
Note de traduction : pour des questions de droits d’auteur qui nous empêchent de publier le texte commun, nous vous proposons ici une traduction de l'Évangile depuis la Vulgate latine et la Peshitta araméenne. Bien qu'imparfaite, notre traduction cherche à favoriser la conservation du contexte de ces deux traditions ecclésiales. La pertinence de cette page tient davantage au commentaire proposé à sa suite.
- [1]Comment départager cela : Un homme avait deux fils, et il alla trouver le premier et lui dit : « Mon fils, va travailler aujourd’hui dans ma vigne. »
- Alors il répondit et dit : « Moi je ne veux pas », mais après il fut pris de remords et il y alla.
- S’approchant alors de l’autre, il lui dit la même chose. Et celui-ci répondit : « Oui mon maître » et il n’y alla pas.
- Que conclure d’eux, lequel a fait la volonté de leur Père ? Ils dirent « Le premier. » Jésus leur dit : « En vérité, Je vous le dis, les publicains et les prostituées sont les premiers dans le Royaume du Seigneur Dieu. »
- Car Jean est venu à vous sur le chemin de la Justice[2], et vous n’avez pas cru en lui. Les publicains et les prostituées, eux, ont cru en lui ; mais vous, après avoir vu cela, vous ne vous êtes pas repentis afin de croire en lui.
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Commentaire
Jean-Baptiste et les faux convertis
Les hommes et les femmes qui sont venus en foule au gué de Betharaba ont tous reçu avec enthousiasme le baptême qui venait d’y être institué par Jean-Baptiste : ce précurseur en qui beaucoup se plaisaient à voir le Messie Lui-même et pour qui, en la circonstance, bien des cœurs d’Israël s’étaient mis à battre à l’unisson.
Pour autant, ce n’est pas sans une certaine rudesse que celui-ci s’est adressé à la foule de ses disciples. Foin de la liesse générale, le ton de sa voix fut aussi sévère que ses paroles étaient pressantes et exigeantes. À la vérité, le dernier des prophètes ne se faisait guère d’illusions quant à la fermeté du cœur des hommes et à leur capacité à s’engager. En la circonstance, la dureté des propos qu’il leur adressa fut en somme à l’aune de la faiblesse qu’il savait être la leur.
Une démarche de contrition
Combien ont-ils été, parmi ceux qui l’écoutaient en ces jours-là à la fin de l’automne 27, à comprendre que ce que sera le sacrement nouveau qu’il venait d’instituer n’était pas seulement une nouvelle forme de rituel - non plus collectif comme le Youm Kippour, mais individuel - utilisant l’image de l’eau ? Mais qu’il s’agissait d’un « baptême de repentance », qui appelait la Miséricorde divine et n’avait de valeur et d’efficacité que s’il s’accompagnait d’un véritable et sincère sentiment de contrition ; c’est-à-dire d’une démarche de réorientation profonde et radicale de tous les aspects de la vie.
Jean n’était pas assez naïf pour ignorer que, dès leur retour à la maison, la plupart de ceux qui avaient acquiescé avec enthousiasme à ses paroles seraient repris par les soucis de leur quotidien et par les insidieuses compromissions de leur vie professionnelle et familiale. Pour eux, la tentation serait grande de se comporter comme le premier des deux fils de la parabole, celui qui obéit à son père « au quart de tour », mais qui ne met pas plus de temps pour changer d’avis et faire tout le contraire de ce qu’il lui a promis…
De la même façon qu’en cette automne 26, la fête du jour du Grand Pardon (Yom Kippour) et l’année jubilaire devaient renouveler en profondeur la vie de tout le peuple d’Israël, le baptême de Jean était un acte d’une singulière exigence. Il devait transformer de fond en comble le cœur de chacun de ses enfants, pour autant toutefois que ceux-ci y fussent vraiment disposés.
Une parabole qui résonne avec la conversion de Matthieu
C’est pour stigmatiser cette attitude dont Il sait qu’elle serait fréquente chez les nouveaux convertis, que Jésus donne cette parabole des deux fils ; une parabole qu’André a collectée dans le collier de la dernière semaine et que Lévi-Matthieu a eu une raison toute personnelle de méditer en profondeur et de consigner dans l’évangile qui nous occupe aujourd’hui.
Quand il considère le cheminement de sa vie, Matthieu a en effet tout lieu de comparer son attitude à celle des deux frères et d’en tirer un modèle d’enseignement catéchétique.
En acceptant avec enthousiasme le baptême de Jean-Baptiste puis en retournant à son métier de collecteur d’impôt, n’a-t-il pas un peu agi à la façon du premier fils, celui qui accepte d’exécuter les ordres de son père puis se ravise et finalement n’en fait rien ?
Et quand il décide de suivre Jésus venu le tirer de derrière son bureau de collecteur, et qu’il fait le choix radical de renoncer à toutes les richesses qui ont fait le confort de son existence, ne se comporte-t-il pas comme le deuxième fils, celui qui revient sur son refus d’obéir et prend finalement le parti de faire résolument ce qui lui a été demandé ?
Prostituées et publicains
En promettant le Salut aux prostituées et aux publicains qui se repentent, c’est indirectement l’éloge de Matthieu que fait Jésus. Il montre que leur vie, si scandaleuse et déréglée qu’elle ait pu être, n’est pas fondamentalement différente de la sienne. Après avoir refusé le Salut, ils ont, au prix de tout ce qui leur était cher, opéré une conversion radicale qui les rendra bénéficiaires de la Miséricorde divine ; cette Miséricorde par qui les derniers peuvent devenir les premiers et qui opère sur Terre et jusque dans le Shéol.
Elle y enveloppera aussi bien Marie-Madeleine qui, des larmes de son repentir, inonda les pieds de Jésus qu’elle essuya avec ses cheveux, que le « petit Zachée », le chef des publicains de Jéricho, lui qui descendit de son sycomore et sut « tout de suite » et sans attendre changer de vie.
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