Matthieu 25,14-30
La parabole des talents ; des talents pour le Shéol
Évangile du dimanche 15 novembre
par Pierre Perrier, académicien
Dans l’enseignement que Matthieu rapporte à travers cette page d’évangile, Jésus nous renseigne sur la justice que le Père Éternel manifestera à l’égard de chaque homme, quand, après sa première mort - c’est à dire après sa mort ici-bas - il se retrouvera au Shéol et y vivra sa « deuxième vie ». Laquelle vie sera pour lui un temps d’ouverture au repentir qui le préparera à la résurrection de la chair et au Jugement final pour sa « troisième vie » qui sera éternelle ou sa chair sera transfigurée.
Données introductives
| Évangile du dimanche 15e novembre 2026 : | 33e Dimanche du Temps Ordinaire - Année A |
|---|---|
| Synopse de cet évangile : |
|
| Complément d'information : | Marie Mère de l’Église pages 318, 319 et 576 |
| Niveau d’enseignement : | 1er niveau : catéchèse de Jésus aux familles, "dans les maisons" (pour tous) |
| Collier évangélique : | Colliers apocalyptiques |
Note : Le découpage liturgique des évangiles ne révèle pas leur composition en damiers et en colliers de perles. Rétablir cette connaissance - qui structure l'enseignement donné par Jésus Lui-même - apporterait richesse et facilité d'assimilation à la catéchèse. |
|
L'Évangile : Matthieu 25,14-30
Note de traduction : pour des questions de droits d’auteur qui nous empêchent de publier le texte commun, nous vous proposons ici une traduction de l'Évangile depuis la Vulgate latine et la Pshytta araméenne. Bien qu'imparfaite, notre traduction cherche à favoriser la conservation du contexte de ces deux traditions ecclésiales. La pertinence de cette page tient davantage au commentaire proposé à sa suite.
- [1]Pour l’essentiel c’est comme pour un homme, qui devant s’en aller au loin, appelle ses serviteurs et leur transmet[2] tous ses biens.
- Et il donna au premier cinq talents et puis à un homme deux, et à un homme un seul ; chacun selon ses capacités. Et il partit aussitôt.
- Ainsi s’en allant commercer, celui qui avait reçu le dépôt de cinq talents en retira cinq autres.
- Et de même, en commerçant, celui qui en avait reçu deux en retira deux autres.
- Mais celui qui en avait reçu un seul s’en alla creuser dans la terre et y cacha le dépôt de son maître.
- Mais après de longues périodes, le maître des serviteurs revint et il fit les comptes du dépôt avec eux.
- Et s’approcha celui qui avait reçu les cinq talents et il apporta les cinq autres, disant : « Mon maître, tu m’as confié cinq talents et voici que par eux j’en ai retiré cinq autres. »
- Son maître lui dit : « Bien, serviteur bon et de confiance, tu as été fiable sur peu de choses. Je t’établirai[3] sur beaucoup plus ; entre dans la joie de ton maître. »
- Et s’approcha celui qui avait reçu les deux talents et il dit : « Mon maître, tu m’as confié deux talents et voici que par eux j’en ai retiré deux autres. »
- Son maître lui dit : « Bien, serviteur bon et de confiance, tu as été fiable sur peu de choses. Je t’établirai sur beaucoup plus ; entre dans la joie de ton maître. »
- Aussi s’approcha alors celui qui avait reçu le dépôt d’un seul talent, et il dit : « Mon maître, je sais que tu es un homme exigeant qui moissonnes même là où tu n’as pas semé et qui ramasses même là où tu n’as pas vanné.[4]
- J’ai eu peur et je suis allé cacher ton talent dans la terre ; le voici, c’est exactement celui qui était à toi. »
- Son maître lui répondit : « Serviteur mauvais et paresseux, tu savais que je moissonne même là où je n’ai pas semé et que je ramasse même là où c’est clairsemé.
- N’avais-tu pas à mettre mon argent aux banquiers ? Et à mon retour, j’aurais récupéré ce qui m’appartenait avec les intérêts. »
- « Reprenez-lui le talent et donnez-le à celui qui en a dix.
- En effet, à celui qui a, il lui sera donné davantage et il sera dans l’abondance ; mais à celui qui n’a pas, même ce qu’il a eu lui sera enlevé.
- Et quant à ce serviteur oisif, jetez-le dans les ténèbres extérieures : là où seront pleurs et remords. »
Revecez Etphata par email
grâce à notre lettre :
Commentaire
Un Dieu qui ne peut que surabonder en amour
Il faut bien voir que la Justice qui triomphera au Shéol sera celle d’un « Dieu de Miséricorde » dont la nature consiste tout entière en une surabondance d’amour. D’un Dieu qui s’empressera de rétribuer ses créatures à la mesure des talents dont Il les a Lui-même déjà gratifiés. Ce qu’Il fera d’ailleurs sans que sa générosité puisse en être ni bridée ni altérée par un quelconque souci de parcimonie ; sentiment par nature ambiguë et qui pourrait bien trouver de l’injustice au fait que celui qui a reçu beaucoup de talents en reçoive encore davantage et qu’il soit ainsi « dans l’abondance ». Alors que celui qui en a moins reçu se verrait privé de tout.
La générosité de Dieu est totale et sans limite. Elle ne rejette les hommes que s’ils se condamnent eux-mêmes. Soit parce qu’ils doutent de la validité des dons que leur a faits leur Créateur ; soit parce qu’ils refusent délibérément de participer à l’édification de son Royaume ; en ne se souciant pas de faire mûrir les fruits qu’Il a mis à leur portée, et qu’Il fait même pousser à des endroits improbables où le sol paraît totalement infertile et où le cœur des hommes est apparemment dépourvu de tous les talents nécessaires.
D’un Paradis à l’autre
Pour prendre la mesure de cette justice miséricordieuse que Dieu rendra à chaque homme après sa « première mort », mais aussi pour comprendre les difficultés qu’elle a pu rencontrer pour se faire jour dans les esprits et dans les cœurs, il convient de se reporter au contexte idéologique de la période historique pendant laquelle Jésus a annoncé sa Bonne Nouvelle. C’est à dire à une époque où, portées par quantité de traditions religieuses et d’écoles de pensée, des représentations très diverses de l’au-delà et du « séjour des morts » se sont trouvées en concurrence dans les esprits.
Outre les sadducéens qui se refusaient carrément à ajouter foi à l’idée d’une résurrection de la chair et à la perspective d’une vie éternelle, beaucoup parmi les contemporains de Jésus subissaient l’influence du monde grec et de sa rationalité philosophique ; un monde dont la mentalité volontiers matérialiste n’admettait pas facilement l’idée que la mort pût être suivie d’une résurrection et d’une vie paradisiaque...
Pour avoir inventé la philosophie, le monde hellénique n’en restait pas moins attaché à la riche tradition mythologique qui avait nourri sa culture. Et le moins qu’on puisse dire de cette culture-là c’est qu’elle lui donnait « des enfers » une vision pour le moins glaçante. A lire Homère c’était pour les enfants d’Athènes un lieu de désolation où - à l’instar d’Achille - les héros défunts traînaient des existences misérables et sans espérance, dont le spectacle glaça d’effroi le cœur pourtant bien aguerri d’Ulysse.
La tradition mésopotamienne et Socrate
La tradition mésopotamienne où la culture juive plongeait ses profondes racines était bien différente. Le séjour des morts y était vu comme un lieu où la vérité pouvait encore se faire jour et où, après leur mort, les défunts gardaient toujours la possibilité de se décider pour Dieu et de se sauver.
Vision heureuse qui a eu tendance à se perdre dans l’Église d’Occident et surtout avec la tradition protestante, laquelle enseigne que tout est joué avec la mort physique et qu’il est donc tout à fait inutile de prier pour les défunts. Et aussi vision parfaitement étrangère à la mentalité des philosophes d’Athènes, à l’exception toutefois d’un seul d’entre eux et non des moindres : un nommé Socrate, qui paya sans doute de sa vie le fait de s’être intéressé de trop près aux anciennes sagesses de la Mésopotamie...
Annoncer la Bonne Nouvelle... nous concerne tous
Invitez vos proches à découvrir ce contenu en leur communiquant l'adresse de cette page (copier l'adresse) ou directement grâce à ces liens pour WhatsApp , Facebook , X (Twitter) , LinkedIn et sinon par email. Nous comptons sur vous.
Pierre PerrierRevecez Etphata par email
grâce à notre lettre :
Vitrail des talents
Église St Mary Abbots, Londres.
Pour réagir ou partager cette page, retrouvez-la sur votre écran :
URL courte : https://etphata.org/206
Jour pour jour, nous arrivons aux 2000 ans de la mission de Jean le Baptiste
Ce vendredi soir 11 septembre 2026 marque l’entrée dans la nouvelle année du calendrier hébreu : Roch Ha-Shana, qui ouvre la période de préparation menant à Yom Kippour, célébré cette année le 21 septembre. Lire la suite >>
Accueillir l'Évangile de ce Dimanche :
Matthieu 25,1-13 - Les vierges sages et les vierges sottes - Évangile du dimanche 8 novembre
Ce ne sera pas le moindre intérêt de cette page d’évangile que de présenter un exemple significatif des lourds contre-sens d’interprétation auxquels les exégètes ont pu aboutir, en raison de leur méconnaissance des textes araméens d’origine mais aussi et peut-être surtout à cause des principes exégétiques que l’école historico-critique et la tradition protestante ont réussi à faire prévaloir ... Lire la suite >>
Évangiles avant et après Matthieu 25,14-30 :
Marie Mère de l'Église
Et moi j'ai vu et je rends témoignage
Un argumentaire raisonné pour un nouveau regard sur l’histoire de l’Église et des évangiles. Ce livre vient à la suite de Marie Mère de Mémoire et propose nombre de références rendant justice à la qualité des textes canoniques dans la langue de Jésus et mettant en évidence l’organisation de l’Église mise en place par Jésus ainsi que le rôle discret mais essentiel de Marie. Lire la suite >>
Église des origines
Les bonnes nouvelles du Vatican
Nous sommes heureux de vous annoncer deux bonnes nouvelles concernant la recherche sur l’Église des origines. D’une part, la sortie par les presses du Vatican des actes du colloque organisé en 2021 sur le thème de l’histoire des premiers siècles de l’Église. Colloque auquel, comme vous le savez, nous avions largement contribué. D’autre part, dans une lettre publiée ce 21 novembre 2024, ... Lire la suite >>
Un message, un commentaire ?
Pour participer à la vie du site etphata.org :
- Vous avez déjà un compte utilisateur : Se connecter.
- Vous êtes nouveau sur le site : S'inscrire.