La catéchèse des premiers chrétiens :
un trésor pour la nouvelle évangélisation

Matthieu 13,1-23

La parabole du semeur, une semence pour les enfants du Royaume

Évangile du dimanche 12 juillet

par , académicien

Cet évangile contient deux phrases particulièrement percutantes, mais qui sont de nature à inspirer de graves contresens d’interprétation. La première laisse en effet le sentiment d’une sorte de mépris que Dieu aurait pour ses créatures humaines. La seconde a l’air de révéler chez Lui un manque d’équité et de justice dont le moins qu’on puisse dire est qu’il ne cadre pas trop bien avec ce que les Saintes Écritures nous apprennent de Lui.

Il convient donc que nous consacrions notre commentaire d’aujourd’hui à lever ces ambiguïtés, en nous intéressant successivement à ces deux phrases.

Clin d'œil pour un nouveau regard sur la catéchèse :

En décrivant un univers « à niveaux de réalité » la théorie quantique a commencé à lever le voile sur les mystères de l’univers, en bouleversant nos certitudes et nos habitudes mentales, et en nous familiarisant ainsi avec une pensée fonctionnant simultanément selon plusieurs modes. Ne pourrait-elle pas, dans la foulée, inspirer aux savants le désir d’explorer à nouveaux frais les mystères du Royaume des Cieux et les enseignements de la Bible ?

Données introductives

Évangile du dimanche 12 juillet 2026 :

15e Dimanche du Temps Ordinaire - Année A

Synopse de cet évangile :
  • Luc 8,11-15
  • Marc 4,14-20
Niveau d’enseignement : 2e niveau : enseignements de Jésus aux disciples (pour les diacres)
Collier évangélique : Collier analogique des paraboles

Note : Le découpage liturgique des évangiles ne révèle pas leur composition en damiers et en colliers de perles. Rétablir cette connaissance - qui structure l'enseignement donné par Jésus Lui-même - apporterait richesse et facilité d'assimilation à la catéchèse.
Consulter Les colliers évangéliques (2003) et La mémoire en damiers (2023) et Marie Mère de l’Église (2025).

L'Évangile : Matthieu 13,1-23

Note de traduction : pour des questions de droits d’auteur qui nous empêchent de publier le texte commun, nous vous proposons ici une traduction de l'Évangile depuis la Vulgate latine et la Peshitta araméenne. Bien qu'imparfaite, notre traduction cherche à favoriser la conservation du contexte de ces deux traditions ecclésiales. La pertinence de cette page tient davantage au commentaire proposé à sa suite.

  1. [1]Ce jour-là Jésus sortit de la maison et s’assit au bord de la mer.
  2. Une grande foule s’était rassemblée auprès de lui, si bien qu’Il monta dans un bateau et s’y assit ; et toute la foule se tenait debout sur le rivage.
  3. Il se mit à répéter avec eux[2] des dits à décrypter, et Il disait : « Voici que sortit le semeur pour semer.
  4. Et quand il semait, il y en eut [des graines] qui tombèrent de sa main le long du chemin et vinrent des oiseaux du ciel et ils les mangèrent.
  5. Et d’autres tombèrent sur un sol rocailleux, où elles n’avaient pas beaucoup de terre ; et aussitôt elles levèrent, parce qu’elles n’avaient pas de profondeur de terre.
  6. Quand se leva alors le soleil, elles eurent trop chaud, et comme elles n’avaient pas de racines, elles se desséchèrent[3].
  7. Et d’autres tombèrent dans un nid d’épines ; les épines poussèrent et les étouffèrent.
  8. Et d’autres tombèrent dans la bonne terre, et elles donnèrent des fruits. Il y en eut jusqu’à cent, d’autres jusqu’à soixante, d’autres jusqu’à trente.
  9. Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende. »
  10. Et les disciples s’approchèrent et Lui dirent : « Pourquoi fais-tu répéter ces dits énigmatiques[4] avec eux ? »
  11. Il répondit et leur dit : « Pour vous, il y a un don de compréhension immédiate des mystères du Royaume des Cieux alors qu’à eux, il n’est pas donné.
  12. À celui qui a, il lui sera donné et il sera dans l’abondance. Et à celui qui n’a pas, même ce qu’il a lui sera enlevé.
  13. C’est pourquoi Je leur répète en énigmes, parce que voyant, ils ne voient pas et qu’entendant, ils n’entendent pas et ne comprennent pas.
  14. Et en elles s’accomplit la prophétie [d’Isaïe][5] : "Vous entendrez et vous ne comprendrez pas, vous regarderez et vous ne verrez pas.
  15. Car le cœur de ce peuple s’est épaissi ; leurs oreilles sont devenues sourdes, et ils ont fermé les yeux de peur qu’ils ne voient de leurs yeux, qu’ils n’entendent de leurs oreilles, qu’ils ne comprennent de leur cœur, qu’ils ne se convertissent et que je les guérisse."
  16. Mais bienheureux êtes-vous que vos yeux voient et que vos oreilles entendent.
  17. Car en vérité, Je vous le dis : « Beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu ; entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu.
  18. Vous, donc, écoutez la comparaison avec le semeur[6].
  19. Tous ceux qui entendent la Parole du Royaume et ne la mettent pas bien en leur cœur, le Malin [le "Bisha"] vient et enlève ce que La Main avait ensemencé le long du chemin.
  20. Ainsi ce qui est semé sur un sol pierreux c’est celui qui écoute la Parole et qui aussitôt se réjouit d’avoir été invité à la recevoir :
  21. Mais, n’en ayant pas pris le temps, il n’a pas de racines en lui-même. Et alors, dès que surviennent les tribulations et les persécutions à cause de la Parole, le voilà déstabilisé.
  22. Celui qui a été semé parmi les épines, c’est celui qui entend la Parole mais les soucis de ce monde et la séduction des richesses L’étouffent et Elle n’a pas de fruits.
  23. Ainsi celui qui a été ensemencé en bonne terre, c’est celui qui entend Ma Parole et La fait s’établir toute en lui, et Elle donne des fruits et il agit dans la même veine, cent fois ou soixante ou trente.

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Commentaire

Première phrase

  1. Et en elles s’accomplit la prophétie [d’Isaïe] : "Vous entendrez et vous ne comprendrez pas, vous regarderez et vous ne verrez pas.

Cette citation qui est tirée du livre d’Isaïe ne signifie évidemment pas que Dieu le Père prendrait les hommes qu’Il a créés pour des imbéciles et qu’Il s’amuserait de leur cécité intellectuelle. Son intention n’est nullement de rabaisser les êtres à qui Il veut justement faire "connaître sa Face", par l’entremise de Son Propre Fils.

Son souhait est au contraire de poser les conditions d’une telle connaissance ; c’est-à-dire d’un mode de pensée adapté à un Univers que son Créateur a voulu ontologiquement hétérogène, et donc non susceptible d’être appréhendée selon une unique modalité de la vie de l’esprit.

Ce qu’a exprimé Isaïe en disant aux hommes « vous avez des oreilles pour ne pas entendre et des yeux pour ne pas voir », c’est en fait l’idée selon laquelle l’Univers créé par Dieu comporte une dimension qui échappe à toute forme d’intelligibilité ; une part « d’impensable » dont les hommes ne sauraient ignorer l’existence et qu’ils doivent au contraire obligatoirement mobiliser dans les opérations de leurs pensées.[1]

Il y a en somme un monde d’en-bas que les fragiles conjectures de nos pensées humaines peuvent atteindre dans une certaine mesure, et il y a un monde d’en-haut dont Seul l’Esprit de Dieu connaît les mystères.

Le « beth » de béréshit

C’est donc un univers binaire que la Création, et cela conditionne de façon décisive le fonctionnement de nos pensées et le sentiment que nous avons de notre présence au monde. Le livre de la Genèse prend d’ailleurs le soin de nous l’enseigner dès la première lettre de sa première ligne, avec le fameux « beth » de béréshit dont les rabbis d’Israël font toujours si grand cas.

Prenant l’alphabet comme représentation symbolique de la « Totalité », la tradition talmudique fait en effet remarquer que la Torah commence par la deuxième lettre (beth) et non - comme il serait logique - par la première (aleph). Et à partir de ce détail, elle infère l’idée selon laquelle ce texte - si sacré et si divinement inspiré qu’il soit - ne recouvre pas la réalité tout entière, et que c’est « au-delà de ses versets[2] » que les hommes doivent chercher les ineffables vérités qu’il contient. Des vérités que seul le Fils de l’homme peut connaître, Lui qui, en affirmant Sa Nature Divine, a pu déclarer : « Moi Je suis l’alpha et l’oméga[3], le commencement et la fin » … c’est-à-dire : en Moi se récapitulent toute connaissance et toute vérité, qu’elles viennent de l’en-bas ou qu’elles procèdent de l’en-haut de la Création. De cet Univers où il y a à la fois ce qui est de l’ordre de la raison et de l’intelligibilité et ce qui procède du mystère et de l’Amour de Dieu ; ou, pour le dire comme Blaise Pascal, ce qui est de « l’ordre de la charité ».

Deuxième phrase

  1. À celui qui a, il lui sera donné et il sera dans l’abondance. Et à celui qui n’a pas, même ce qu’il a lui sera enlevé.

Si par Matthieu, Jésus met ces deux phrases en perspective, c’est à l’évidence pour qu’elles se fassent écho et qu’elles donnent aux futurs missionnaires de l’Église un précieux conseil relativement à l’accueil qu’ils doivent s’attendre à recevoir de la part des hommes ; selon que ceux-ci dirigeront leurs désirs, soit vers d’en-haut soit vers d’en bas de la Création.

À ceux qui, à l’instar des apôtres, se seront résolument tournés vers les mystères du Royaume des Cieux, il sera donné de mieux comprendre également les choses de la terre, et, à l’instar de Jésus, de « savoir ce qu’il y dans l’homme ». Car l’expérience spirituelle qu’ils auront acquise préparera leur esprit et leur cœur à discerner ce qui, au sein des choses de ce monde, relève du mystère et de l’impensable.

Quant à ceux qui ne se préoccuperont que des réalités prosaïques d’ici-bas et qui, pour lever les mystères du monde, ne compteront que sur les capacités logiques de leur intelligence, ils seront condamnés à une pensée réductrice et abstraite qui les coupera aussi bien de réalités terrestres que des choses du Ciel ; une pensée qui se ramènera à une squelettique algèbre et qui très vite ne fera plus ses frais. En se détournant des réalités d’en-haut ils se seront également coupés de celles d’ici-bas qu’ils avaient la naïveté de prétendre totalement connaître.

De l’usage des paraboles

C’est à l’intention de ceux dont l’esprit est accaparé par les choses de la terre que Jésus « rabâche » ses paraboles. Il commence son enseignement en leur parlant de ce qui est à portée de leur intelligence, des choses qui participent du quotidien de leur vie. Aux pêcheurs de Tibériade Il parle depuis une barque et sur une eau froide dont ils savent qu’elle favorise une transmission claire et limpide de la voix ; aux laboureurs qui ont la main habile à lancer les bonnes semences, Il parle des terrains dans lesquels il convient de les jeter, et du rendement qu’ils peuvent en attendre. Et Il multiplie ainsi des exemples de ce genre, aussi longtemps que ses auditeurs ne sont pas sensibles à cette part de mystère que recèlent toujours peu ou prou les choses de ce monde ; à ce qui n’est ni visible ni audible mais qui, par la contemplation, pourrait les initier à l’accueil des mystères, oh combien plus grands et profonds, du Royaume des Cieux.

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Le semeur

Vincent van Gogh - 1888


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