Jean 9,1-41
Le miracle de l’aveugle de naissance et la Création continuée
Évangile du dimanche 15 mars
par Pierre Perrier, académicien
S’il était encore besoin de prouver la nécessité d’un retour aux textes araméens d’origine, la guérison de l’aveugle-né nous fournit un témoignage des plus appropriés. Le texte officiel donné par l’AELF reproduit en effet une erreur de traduction que l’on trouve dans les versions grecques et latines, et cette erreur introduit un contre-sens d’interprétation qui ne permet pas de percevoir l’écho qui existe entre la guérison de l’aveugle de naissance et le récit de la création d’Adam et Ève ; un écho pourtant évident et d’une grande richesse. C’est à cet écho et à sa signification que va particulièrement s’attacher notre commentaire d’aujourd’hui.
Clin d'œil pour un nouveau regard sur la catéchèse :
Comme à Paris avec Saint Nicolas des Champs ou à Lourdes et bien ailleurs, les guérisons se succèdent suscitant une joie dans le cœur des fidèles. Mais dans ces prodiges, ne faut-il pas que, foin de Darwin et de sa théorie, nous apprenions à voir l’action continuée du Créateur et une invitation à renouer notre relation avec Lui ?
Données introductives
| Évangile du dimanche 15 mars 2026 : | 4e dimanche de Carême - Année A |
|---|---|
| Synopse de cet évangile : | Jean : échos en 5,32 et 8,14 |
| Niveau d’enseignement : | 1er niveau : catéchèse de Jésus aux familles, "dans les maisons" (pour tous) |
| Colliers évangéliques : |
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Note : Le découpage liturgique des évangiles ne révèle pas leur composition en damiers et en colliers de perles. Rétablir cette connaissance - qui structure l'enseignement donné par Jésus Lui-même - apporterait richesse et facilité d'assimilation à la catéchèse. |
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L'Évangile : Jean 9,1-15
Note de traduction : pour des questions de droits d’auteur qui nous empêchent de publier le texte commun, nous vous proposons ici une traduction de l'Évangile depuis la Vulgate latine et la Peshitta araméenne. Bien qu'imparfaite, notre traduction cherche à favoriser la conservation du contexte de ces deux traditions ecclésiales. La pertinence de cette page tient davantage au commentaire proposé à sa suite.
- [1]Ceci eut lieu alors que Jésus terminait un pèlerinage. Il vit un homme qui était aveugle depuis qu’il fut au jour en venant de sa mère.
- Et ses disciples L’interrogeaient et Lui disaient : « Notre Maître, à qui compter ce péché ? À lui ou à ses parents, pour être né et avoir été éduqué aveugle ? »
- Jésus leur dit : « Il n’y a pas eu là de péché, ni de sa part ni de celle de ses parents, mais pour que leur soit rendue visible une action de Dieu en lui.
- Pour Moi, J’ai à mettre en œuvre les œuvres[2] de Celui qui M’a envoyé tant qu’il fait jour. La nuit vient où personne ne peut bien œuvrer.
- Tant que Je suis dans le monde, je suis Moi-même la lumière du monde. »
- Et quand Il eut dit cela, Il cracha sur de la terre et en pétrit de la boue à partir de Sa salive et avec, cacha l’absence d’œil.[3]
- Et Il lui dit : « Va, lave [ceci] dans la vasque de l’émissaire et reviens quand tu seras "voyant". »[4]
- Alors ses voisins et ceux qui, dès le début, l’avaient vu "mendiant" dirent : « N’était-il pas celui qui était assis et mendiait ? »
- Il y en eut pour dire : « c’est lui » et d’autres pour dire : « Ça n’est pas lui mais, par ses paroles et par ses gestes, il s’est fait lui ressemblant. » Alors il répondait : « C’est bien moi. »
- Ils lui disaient : « Comment se sont vraiment ouverts tes yeux ? »[5]
- Il répondait et leur disait : « L’homme que l’on nomme Jésus a fait de la boue et pour moi a caché le vide de mes yeux et M’a dit : "Va, lave [ceci] dans la vasque de l’émissaire" et je suis allé me laver et la vue m’a été donnée. »
- Et ils lui dirent « Où est-Il ? ». Il leur dit « Moi, je ne sais pas ! »
- Et ils emmenèrent celui qui avait été aveugle depuis son commencement auprès des Pharisiens.
- En effet, c’était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et ouvrit pour lui ses yeux.[6]
- À nouveau les pharisiens l’interrogèrent : « Comment as-tu recouvré la vue ? » Alors il leur dit : « Il m’a posé de la boue devenant mes yeux, je me suis lavé et j’ai recouvré la vue. »
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Commentaire
En quoi consiste la cécité de l’aveugle de naissance ?
Grâce à la subtilité de son vocabulaire et aux singulières ressources de sa syntaxe, le texte araméen sous-entend une question centrale et qui peut être considérée comme « la pointe de ce récit ». Cette question est de savoir en quoi consiste exactement la cécité de l’aveugle : quelle en est au juste la nature ? S’agit-il d’une simple maladie qui relèverait de la compétence du médecin ? S’agit-il d’une malformation héréditaire dont souffrirait « l’infirme » et qui permettrait d’incriminer la responsabilité de son lignage ?
À cette question le comportement de Jésus apporte une réponse qui est à la fois catégorique et pour le moins surprenante. Cette réponse, c’est que les yeux de l’aveugle ne sont ni mal formés, ni abîmés … mais qu’ils n’existent tout simplement pas.
Ce que le texte araméen suggère en effet, c’est qu’on a affaire à une absence d’yeux : au fait qu’à leur place on ne voit que des creux…
Ainsi pour Jésus, il ne s’agit pas, à proprement parler, de pallier une déficience physique en réparant ou en remettant en marche des organes malades, mais de les créer ou plutôt d’achever en cet homme une création qui n’a pas été menée jusqu’à son terme et que les parents n’ont pu que constater à sa naissance.[1]
Les gestes du Créateur
Par une formule concise, le récit de la Genèse donne la description de l’acte par lequel le Tout-Puissant a créé l’homme. C’est un passage que tous les enfants d’Abraham connaissent par cœur :
« De l’eau se mit à sourdre et à irriguer toute la surface du sol. L’Éternel Dieu façonna l’homme avec l’argile du sol... ». Gen 2,6-7
Dieu crée donc d’abord la matière qu’Il humidifie pour en former une figurine à qui Il donne chair.
Ici on reconnaît tout de suite un schéma bien connu des philosophes et particulièrement cher à saint Thomas d’Aquin ; lequel distinguait la « substance » dont une chose est faite et la « forme » qui organise la matière et donne aux choses d’être ce qu’elles sont. Mais, à considérer le récit de la Genèse, on peut surtout rattacher cette description de la Création à la source mésopotamienne de la culture hébraïque ; en pensant, par analogie, à ces scribes qui avaient trouvé le moyen, grâce à l’écriture cunéiforme, de faire pénétrer leurs pensées dans des tablettes d’argile fraîche...1000 ans avant la pensée grecque.
La signification des gestes que fait Jésus
En ayant à l’esprit la manière d’opérer du Créateur, on comprend mieux les curieux gestes que fait Jésus ; des gestes dont le texte de Jean nous rapporte très intentionnellement les détails.
En faisant des boules de boue avec sa salive et en s’en servant pour insuffler la vie dans ces yeux ainsi formés, le Seigneur ne fait en somme que mimer ses propres gestes, ceux auxquels Il s’est Lui-même livré pour donner la vie à Adam. Il n’opère pas seulement un miracle, Il reprend Son œuvre de Créateur là où elle s’était interrompue.
Il ne faut d’ailleurs pas considérer le miracle qu’Il opère en la circonstance comme « un prodige » qui irait contre les lois de la nature. Bien au contraire, il est la mise en acte d’une création qui s’opère avec obstination et contre tout ce qui risquerait d’en interrompre le cours. Toute miraculeuse qu’elle soit cette création n’est pas à l’abri du mal. Et pour être guéri, l’aveugle n’encourt pas moins le risque d’être à nouveau aveuglé par le péché.
Ce risque explique qu’à la fin de l’épisode, Jésus ordonne à l’aveugle qu’Il a guéri de se rendre à la piscine de Siloé. Il s’y lavera dans une eau pure qui prend sa source à l’intérieur du Temple. Comme l’eau du baptême purifie l’âme de ses péchés, cette eau-là nettoiera ses yeux des traces de boue qui pourraient encore les souiller et les empêcher de voir avec justesse.
Ce que les pharisiens ne comprennent pas
Le fait que Jésus ne répare pas les yeux de l’aveugle comme le ferait un ophtalmologue, mais qu’Il poursuive sur eux leur création, c’est évidemment ce que les pharisiens, qui n’ont pas les compétences théologiques des rabbins, ne sauraient comprendre. Pour eux, le Nazaréen a seulement agi comme un bon professionnel de santé, qui se livre à un travail comme un autre ; et un travail auquel il n’est d’ailleurs pas permis de se livrer un jour de sabbat. Ils ne voulaient pas voir que Jésus est le Créateur et qu’Il peut user de Sa souveraine puissance pour ouvrir les yeux d’un aveugle en accomplissant un acte qui révèle Sa divinité.
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Le Greco - vers 1570
Metropolitan Museum of Art - New York
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