Matthieu 9,36-10,8
« Des ouvriers pour Sa moisson »
Jésus appela ses douze disciples et les envoya en mission
Évangile du dimanche 14 juin
par Pierre Perrier, académicien
Les fidèles lecteurs d’Etphata ne peuvent ignorer le soin jaloux avec lequel Jésus a organisé son Église, ni comment Il a Lui-même défini par le détail les fonctions des hommes qui - en qualité de prêtres ou de diacres - auraient la mission d’enseigner Sa Bonne Nouvelle et de la faire fructifier à travers le Monde. C’est là un point sur lequel nous nous sommes souvent étendus.
L’évangile que nous avons à méditer aujourd’hui présente relativement à ce thème un intérêt singulier. Il évoque en effet la question de la « vocation » et de l’envoi en mission des premiers disciples ; en précisant ce qui devait marquer le tout début de leur action ; à savoir un engagement spirituel profond, propre à faire d’eux de bons « laboureurs » et de bons « ouvriers », capables de participer efficacement aux semences et aux moissons de l’Église.
Clin d'œil pour un nouveau regard sur la catéchèse :
Notre commentaire parle peu de Miséricorde mais c’est pourtant par elle que tout commence : "Jésus est saisi de Miséricorde". Elle est l’enseignement central et souvent sous-estimé de la foi catholique. Jésus guérit le corps et l’âme.
Données introductives
| Évangile du dimanche 31 mai 2026 : | La Sainte Trinité - Solennité Année A |
|---|---|
| Synopse de cet évangile : |
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| Niveau d’enseignement : | 1er niveau : catéchèse de Jésus aux familles, "dans les maisons" (pour tous) |
| Collier évangélique : | Collier vocation-mission des Douze |
Note : Le découpage liturgique des évangiles ne révèle pas leur composition en damiers et en colliers de perles. Rétablir cette connaissance - qui structure l'enseignement donné par Jésus Lui-même - apporterait richesse et facilité d'assimilation à la catéchèse. |
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L'Évangile : Matthieu 9,36-10,8
Note de traduction : pour des questions de droits d’auteur qui nous empêchent de publier le texte commun, nous vous proposons ici une traduction de l'Évangile depuis la Vulgate latine et la Peshitta araméenne. Bien qu'imparfaite, notre traduction cherche à favoriser la conservation du contexte de ces deux traditions ecclésiales. La pertinence de cette page tient davantage au commentaire proposé à sa suite.
- [1]Alors que Jésus porte son regard sur les foules, Il est saisi de Miséricorde[2] pour elles car elles étaient abandonnées et sans liens, comme des brebis qui n’auraient plus de berger.
- Et Il dit à ses disciples : « La moisson est abondante et les laboureurs sont petits[3].
- Obtenez ceci venant du Seigneur de la moisson : que les bons laboureurs sortent préparés pour Sa moisson. »
- Puis, ayant réuni Ses douze disciples, Il leur donna pouvoir sur les esprits impurs pour les chasser et pour guérir toute maladie et toute infirmité.
- Voici quels furent les noms des douze apôtres, ceux qui furent mis en premier :
Simon, qu’Il appela Pierre, André son frère, Jacques fils de Zébédée et Jean son frère, - Philippe et Barthélémy,
Thomas et Matthieu le collecteur d’impôts,
Jacques fils d’Alphée et Jude surnommé Thaddée[4], - Simon le Zélote et Judas Iscariote, celui qui Le livra.
- Jésus envoya ces douze disciples et leur fit cette recommandation en leur disant : « En chemin, n’allez pas avec les païens et n’entrez dans aucun chef-lieu des Samaritains,
- mais allez de préférence auprès des brebis qui nomadisent en venant de la maison d’Israël[5].
- Et en chemin, prêchez en disant : " Le royaume des Cieux est proche. "
- Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons.
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Commentaire
« Grotte mystique » et rencontre avec le « Sacré »
L’engagement à la suite de Jésus ne saurait répondre à une simple lubie intellectuelle, ou à un enthousiasme superficiel et passager, comme en éprouvent si souvent les militants des « grandes causes humanitaires ». Devenir le disciple du Sauveur, c’est répondre à une vocation mystérieuse et intime qui suppose un renouvellement radical du cœur et une réorientation non moins définitive de la vie de l’esprit.
C’est la raison pour laquelle la pédagogie mise en place par Jésus imposait à celui qui voulait Le servir un temps de recueillement et de discernement qu’il effectuait dans le secret de ce que la première Église appelait les « grottes mystiques ».[1]
Le disciple était invité à profiter de cette période de retraite et de silence pour reconnaître et accueillir sa vocation singulière, et surtout pour l’accepter comme lui venant directement du Très Haut.
Cette étape de méditation devait être pour lui le temps d’un cœur à cœur privilégié avec Jésus ; un temps au cours duquel il pouvait faire - et cela peut-être pour le première fois de sa vie - une véritable expérience de ce qu’on appelle le « Sacré » ; c’est-à-dire de cette réalité mystérieuse qui peut se célébrer dans le faste et les encens d’une liturgie somptueuse aussi bien que dans la pénombre d’un cloître roman, mais que les mots resteront toujours impuissants à décrire avec fidélité ; comme en témoigne du reste la tradition de certaines Églises de l’Orient qui ont renoncé à porter par écrit les formules de la consécration, afin de ne pas obérer l’avènement d’une relation spirituelle et proprement mystique entre les fidèles et Leur Seigneur.
A chaque disciple sa mission singulière
Outre le pouvoir qu’Il délègue à ses disciples pour opérer des miracles et manifester par là la toute puissance divine, Jésus attribue à chacun d’eux une mission particulière correspondant aux talents dont le Créateur l’a gratifié en même temps qu’Il lui a donné la vie.
Ces diverses vocations, le Maître les indique en se servant d’une pratique qui était fort en usage chez les Hébreux. Elle consistait à changer ou à modifier intentionnellement le nom d’un individu, afin de lui inspirer une nouvelle orientation de sa vie, ou de lui indiquer une nouvelle mission qui lui serait attribuée à l’avenir. C’est ce que Jésus fait en organisant son équipe et en donnant, ou en confirmant le surnom de chacun.
Le premier exemple qui vient à l’esprit pour illustrer cette pratique, est évidemment celui de Simon (Shimon) que Jésus rebaptise « Pierre » (Kefas), afin de lui signifier qu’Il ferait de lui à la fois le Chef et la pierre de fondation de Son Église.
Ces surnoms et diminutifs avaient plusieurs raisons d’être. Ils permettaient d’abord de distinguer les uns des autres les porteurs d’un même prénom ; comme par exemple celui de Judas qui, à l’époque où Jésus enseignait, était fort répandu en Palestine ! Mais c’était aussi le moyen de rappeler la singularité de tel ou tel personnage, et de désigner sa mission propre, en faisant de discrètes allusions à ses compétences ou à ses appétences particulières.
Ainsi le surnom de Philippe désignait-il un Juif de langue grecque qui aurait vocation à évangéliser la population commerçante et cosmopolite de la Décapole ; ce territoire où la langue d’Homère était alors en concurrence avec l’Araméen d’Empire.
Thomas avait quant à lui pour particularité d’être né en compagnie d’une sœur jumelle, ce qui lui donnait peut-être une aisance pour s’adresser à un public féminin.
Et si Lévi s’était vu renommer Matthieu – c’est-à-dire le précis – en araméen « Mattaï », c’était pour rappeler la minutie et la précision exercées dans son métier de collecteur d’impôt et de suggérer de quels services particuliers il pourrait être chargé au sein de l’Église.
Barthélémy, qui était pour sa part le juge de Cana[2], était connu pour sa grande capacité à mémoriser la Loi qui lui avait valu son surnom de « fils de la jarre » : Bar Toulmaï. C’est à ce titre qu’il conservera la mémoire des controverses juridiques, notamment celles des pharisiens envers Jésus.
Enfin, attribué à Simon, le titre de « Zélote », autrement dit le militant, faisait allusion à un tempérament impulsif qui l’avait porté à monter des coups de main contre les troupes romaines.
Des pêcheurs qui deviennent des nomades
Les quatre premiers disciples que mentionne le texte de Matthieu sont significativement des pêcheurs habitués à lancer leurs filets dans les eaux profondes du lac de Tibériade. Leur métier les a habitués à être de fins observateurs de la réalité, et cela leur servira lorsqu’à l’appel de Jésus, ils abandonneront le calme de leur vie quotidienne pour devenir des « pêcheurs d’hommes », c’est-à-dire des missionnaires qui seront habiles à prendre de nouveaux disciples dans les filets de la Parole de Dieu, et qui n’hésiteront pas pour cela à se diriger vers le grand large, et à y vivre l’existence de nomade permanent à laquelle Jésus les invite quand Il leur commande : « Ne prenez pas la route des païens, n’entrez pas dans une ville de Samaritain. »
Pour approfondir l’analogie du filet, référez-vous à notre commentaire : Je ferai de vous des lanceurs de filet...
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