Matthieu 5,1-12
Bienheureux les pauvres !
Évangile du dimanche 1er février
par Pierre Perrier, académicien
"Heureux les pauvres,... heureux ceux qui souffrent"... Ce sont là des affirmations pour le moins paradoxales, presque des oxymores. Elles ont dû en dérouter plus d’un en Israël et c’est pourtant par de tels propos que Jésus commence une catéchèse avec laquelle Il entend toucher aussi bien les élites que les foules.
Clin d'œil pour un nouveau regard sur la catéchèse :
Cet enseignement de Jésus est une invitation à gravir pas à pas l’escalier de la sainteté. C’est le chemin d’humilité que nous serions bien inspirés de suivre comme Sainte Thérèse l’a fait avant nous avec sa "petite voie" ; marche après marche l’amour envers nos proches se dilate, et d’autant plus envers ceux qui ont le plus besoin de la Miséricorde.
Données introductives sur Matthieu 5,1-12
| Évangile du dimanche 1er février 2026 : | 4e dimanche du Temps Ordinaire - Année A |
|---|---|
| Synopse de cet évangile : | Luc 6,20-26 |
| Niveau d’enseignement : | 1er niveau : catéchèse de Jésus aux familles, "dans les maisons" (pour tous) |
| Collier évangélique : | Collier lévitique (Malpanoutha) |
Note : Le découpage liturgique des évangiles ne révèle pas leur composition en damiers et en colliers de perles. Rétablir cette connaissance - qui structure l'enseignement donné par Jésus Lui-même - apporterait richesse et facilité d'assimilation à la catéchèse. |
|
L'Évangile de Jésus Christ selon Saint Matthieu
chapitre 5, versets 1 à 12
Note de traduction : pour des questions de droits d’auteur qui nous empêchent de publier le texte commun, nous vous proposons ici une traduction de l'Évangile depuis la Vulgate latine et la Peshitta araméenne. Bien qu'imparfaite, notre traduction cherche à favoriser la conservation du contexte de ces deux traditions ecclésiales. La pertinence de cette page tient davantage au commentaire proposé à sa suite.
- [1]Alors quand Jésus vit là des foules nombreuses, Il monta sur un petit mont et quand Il fut assis ses disciples s’approchèrent tout près de Lui.
- Et ouvrant Sa bouche, Il se mit à les enseigner et Il leur disait :
- « Bienheureux ceux qui en esprit restent pauvres car le Royaume des Cieux est le leur.
- Bienheureux ceux qui ont dû souffrir un deuil car ils seront réconfortés.
- Bienheureux les doux car la Terre leur sera donnée en héritage.
- Bienheureux ceux qui ont eu faim et soif de vraie justice[2] car ils en seront rassasiés.
- Bienheureux ceux qui auront fait miséricorde car ils obtiendront miséricorde.
- Bienheureux ceux qui auront gardé leurs cœurs purs car à eux sera donnée la vision de Dieu.
- Bienheureux ceux qui travaillent à faire régner la paix car ils seront appelés fils de Dieu.
- Bienheureux ceux qui auront eu à tout quitter pour que règne la vraie justice[3] car le Royaume des Cieux est le leur.
- Bienheureux êtes-vous quand vous êtes insultés, persécutés et qu’on dira sur vous toutes paroles malignes qui à cause de Moi, vous obligent à un exil par la force[4].
- Alors joie et allégresse car nombreuses seront vos récompenses dans le Ciel. Il en est[5] en effet de même pour les prophètes qui ont été persécutés en premier, avant vous ».
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Commentaire et contexte de cet Évangile
Une propédeutique
L’enseignement que rapporte ce passage d’évangile fait partie d’un ensemble habituellement appelé « la Malpanoutha » ou, pour l’Église latine, « le sermon sur la montagne ». L’extraordinaire hardiesse et le caractère paradoxal des propos que Jésus y tient lui confère une importance capitale dans l’annonce de cette Bonne Nouvelle qui est appelée à transformer nos vies.
Plus précisément, l’araméen lui donne le nom de « malpanoutha reshtura ». Le mot malpanoutha exprime l’idée d’un enseignement de base que chaque nouveau converti devra assimiler. C’est celui que les « malpané[1] » de la première église seront chargés de dispenser dans toutes les tribus d’Israël. Quant au mot « reshtura », il dérive du terme « resh », « la tête » ; c’est un lieu où la splendeur du paysage d’Israël se découvre, de la même façon que va s’y découvrir la splendeur de l’Enseignement de Jésus.
C’est entre deux sabbats[2] et à un tel endroit - entre les cornes de Hattin, au-dessus du lac de Tibériade - que Jésus choisit de réunir ses premiers fidèles et la foule en quête de Vérité ; afin de leur dispenser cet enseignement de base, mais surtout de préparer certains d’entre eux à une formation spirituelle de plus haut niveau ; une formation mystique dont Jean sera le malpana privilégié.
Dans la catéchèse très organisée que le Seigneur entend mettre en place pour annoncer le Royaume, cet épisode du « Sermon sur la montagne » constitue une étape essentielle. On peut dire qu’elle correspond à une sorte de propédeutique, propre à assurer la formation aussi bien à l’intention des familles qu’à celle des cadres de l’Église et de ses futurs missionnaires.
Commandements et recommandations
En dépit du caractère fondamental de son contenu et de la place privilégiée qu’il occupe dans l’annonce de la Miséricorde, le Sermon sur la montagne n’a pas retenu l’attention de tous les évangélistes. Et on est en droit de s’étonner que Jean et Marc n’en aient fait aucune mention. N’étaient-ils pas présents eux aussi à cet évènement qui restera comme un moment si décisif dans la mise en route de l’Évangélisation, et n’avaient-t-ils pas tous appris par cœur cet enseignement de base ? En tout état de cause, chacun d’eux commençait alors à prendre conscience de l’ampleur de la Mission.
C’est Matthieu[3] qui en donne le compte-rendu le plus complet et le plus précis. Il s’agit en fait de la version d’origine que Luc reprendra en lui faisant subir un certain nombre de modifications ; notamment en réduisant à 4 le nombre des « bénédictions », et en leur associant un nombre égal de « déplorations » qui donnent à son texte un tour sévère que l’on ne retrouve pas du tout ici, sous le calame de Matthieu.
| Bienheureux les pauvres... | Malheur à vous qui êtes rassasiés... |
| Bienheureux vous qui avez faim... | Malheur à vous qui riez maintenant... |
| Bienheureux vous qui pleurez... | Malheur à vous quand ils... |
| ... | ... |
| Cf. Luc 6,17-26 |
Matthieu ne conserve que les bénédictions qu’il semble évoquer avec une certaine gourmandise. Et, en bon compositeur oral, il sait imprimer dans ses phrases un rythme saccadé et haletant qui confère à l’ensemble de son texte une impression d’optimisme, de légèreté et d’enthousiasme propre à susciter le zèle missionnaire des disciples.
Étant, parmi les quatre évangélistes, celui qui est le plus attaché à la tradition et à la culture hébraïque, « Mataï » compose un texte très structuré dans lequel on doit particulièrement remarquer deux procédés oraux d’écriture et de composition qui sont caractéristiques des textes hébraïques de tradition orale.
- Le premier de ces procédés est la litanie incantatoire que produit la répétition du mot « bienheureux ». Elle rappelle le comptage sur le doigt de la main que pratiquaient les traditionneurs oraux de la Bonne Nouvelle, et aussi leur récitation qui devait s’accompagner d’une « gestuation »[4] propre à en faciliter la mise en mémoire.
- Le deuxième procédé caractéristique, c’est l’écho inversé que ces bénédictions trouvent dans les « Dix commandements » du Décalogue[5], lesquels commandements (hormis l’obligation d’honorer son père et sa mère) sont tous des obligations négatives ; « tu ne tueras pas, tu ne commettras pas d’adultères, tu ne porteras pas de faux témoignages…
Par sa mise en forme singulière, un texte rappelle l’autre et donne la clé de sa lecture.
Un enseignement pour les simples comme pour les élites
Les trois premières bénédictions que prononce Jésus concernent l’esprit de pauvreté, le détachement du monde et la douceur. Il les adresse à une foule nombreuse, c’est-à-dire à une majorité de gens simples, sans compétence théologiques particulières, et qui n’ont que leur bon sens pour les comprendre et les mettre en pratique. Pour autant, il faut bien voir qu’elles constituent la clé de la miséricorde et qu’elles seront la base obligée de tout engagement spirituel véritable. Jésus les prononce pour interpeller le petit nombre de ceux qui sont perdus au milieu de la foule et qu’Il destine à la vie religieuse, au sacerdoce ou à quelque destinée mystique exceptionnelle.
Ce n’est pas un enseignement « bas de gamme » que le Sauveur du Monde est venu dispenser sur le « resh » de la montagne !
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