Matthieu 22,34-40
Tu aimeras le Seigneur ton Dieu et ton prochain comme toi-même
Évangile du dimanche 25 octobre
par Pierre Perrier, académicien
Pour saisir le sens de l’enseignement qu’on voit Jésus dispenser à travers la concision de ce petit texte d’évangile, et aussi pour comprendre la turpitude de ses adversaires pharisiens, il convient d’avoir à l’esprit l’organisation complexe dont l’enseignement de la Parole de Dieu était l’objet dans le milieu intellectuel de Son temps : un enseignement qui était continuellement agité par la concurrence de différentes écoles de pensée, et par un corps enseignant hautement hiérarchisé et donc structurellement divisé sur les questions de préséance et d’autorité.
Clin d'œil pour un nouveau regard sur la catéchèse :
C’est en discernant pour améliorer nos relations aux autres que nous approfondissons, par un travail incessant en notre for intérieur, et pas à pas, notre relation à Dieu et avec nous-même.
Données introductives
| Évangile du dimanche 25 octobre 2026 : | 30e Dimanche du Temps Ordinaire - Année A |
|---|---|
| Synopse de cet évangile : |
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| Niveau d’enseignement : | 1er niveau : catéchèse de Jésus aux familles, "dans les maisons" (pour tous) |
| Colliers évangéliques : |
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Note : Le découpage liturgique des évangiles ne révèle pas leur composition en damiers et en colliers de perles. Rétablir cette connaissance - qui structure l'enseignement donné par Jésus Lui-même - apporterait richesse et facilité d'assimilation à la catéchèse. |
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L'Évangile : Matthieu 22,34-40
Note de traduction : pour des questions de droits d’auteur qui nous empêchent de publier le texte commun, nous vous proposons ici une traduction de l'Évangile depuis la Vulgate latine et la Peshitta araméenne. Bien qu'imparfaite, notre traduction cherche à favoriser la conservation du contexte de ces deux traditions ecclésiales. La pertinence de cette page tient davantage au commentaire proposé à sa suite.
- [1]Apprenant alors qu’Il avait réduit au silence les sadducéens, les pharisiens se dressèrent contre [Jésus].
- Et l’un d’eux, connaisseur de la Loi, Lui posa une question pour Le piéger :
- « Enseignant[2], quel est le plus grand commandement de la Loi ? »
- Alors Jésus lui dit : « "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur et de toute ton âme[3] et de toute ta force et de toute ta conscience."[4][5]
- Ce commandement est le plus grand, et premier.
- Et le second est de la même veine[6] : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même"[7].
- Toute la Loi et les Prophètes sont dépendants de ces deux commandements.[8] »
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Commentaire
La hiérarchie des sages et des enseignements
À cette hiérarchie des écoles et des magistères correspondait une hiérarchie non moins stricte qui distinguait entre eux les enseignements et les objets d’étude. Il y avait d’un côté des enseignements de niveau supérieur qui étaient réservés à la seule compétence des rabbis et des docteurs de la Loi[1]. Et puis, il y avait des enseignements réputés « inférieurs », dispensés par des maîtres moins qualifiés. On les gratifiait du titre de « malpana », d’enseignant, et c’est à eux que revenait le soin de faire mémoriser le b.a.-ba des enseignements par les foules.
Question piège
C’est une question tordue que les pharisiens posent à Jésus pour essayer de Le perdre ; et elle est formulée par un « connaisseur de la loi » c’est-à-dire par un juif influencé par la rationalité philosophique grecque : autrement dit par un « intello » qui passe la Parole au crible de la raison humaine et pense pouvoir maîtriser la question de Dieu en la considérant de haut, c’est-à-dire du point de vue de sa propre science. Et évidemment sa question relève typiquement d’une compétence supérieure ; celle d’un rabbi : « Quel est, demande-t-il, le premier des commandements ? »
Question ambitieuse s’il en fût puisqu’elle ne vise rien moins qu’à résumer la loi et les prophètes et ainsi à révéler les pensées les plus intimes du Créateur !
Un pharisien impertinent
Un détail est particulièrement à remarquer dans cet échange. Le pharisien s’adresse au Seigneur avec suffisance et sur un ton ironique. Faisant mine de ne voir en Lui qu’un modeste répétiteur, il Lui donne le titre de « malpana » et non celui de « rabban ». ; titre auquel Jésus a parfaitement le droit de prétendre, depuis qu’Hillel le Lui a conféré, en lui ouvrant ainsi la possibilité de réunir des disciples et d’organiser son propre enseignement dans l’enceinte du Temple.
En traitant Jésus de simple malpana, le pharisien cherche clairement à L’humilier. C’est comme s’il Lui lançait au visage : « Cette question est tout à fait au-dessus de ton niveau de compétence. Voyons maintenant quelle sottise tu vas bien pouvoir nous conter à son sujet ! »
Jésus fait basculer la question de l’amour
À cette question « de niveau supérieur » Jésus commence par faire une réponse également de « niveau supérieur ». Elle est riche en implications théologiques, métaphysiques, spirituelles et même anthropologiques car elle ouvre sur la nature de l’amour humain. Et en la formulant Il ne prend guère de risques de se voir désavoué par ses interlocuteurs. Il ne fait en effet que citer textuellement l’Écriture :
« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur et de toute ton âme et de toute ta force et de toute ta conscience. »
Mais aussitôt ce verset prononcé, voilà qu’Il opère un basculement qui va le faire passer de ce niveau supérieur d’enseignement à un enseignement inférieur, lequel enseignement ne tient ni à la métaphysique ni à la philosophie, mais à la morale pratique et aux choses seulement humaines de la vie :
« Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »
Mine de rien ce basculement de l’amour divin vers l’amour humain est d’une conséquence considérable... Désormais l’amour pour Dieu ne sera pas un exploit réservé à de rares surdoués de la vie spirituelle, ou à des âmes d’élite, inquiètes de lire dans la pensée du Très-Haut. Il sera ouvert aux hommes qui seront simplement capables d’aimer d’abord leur prochain dans un esprit de pauvreté.
Dans le basculement qu’Il opère dans la description de l’amour, Jésus opère ainsi une double mutation. Il transfigure l’amour pour les hommes en l’ordonnant à l’amour que l’on doit à Dieu et Il met l’amour que l’on doit à Dieu à la portée du faible amour dont la nature humaine est capable.
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Les pharisiens questionnent Jésus
James Tissot - 1886-1894
Brooklyn Museum
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