La catéchèse des premiers chrétiens :
un trésor pour la nouvelle évangélisation

Matthieu 22,1-14

Les invités au banquet ; une parabole vers la Nouvelle Alliance

Évangile du dimanche 11 octobre

par , académicien

Bien loin d’un conte oriental, il faut avoir l’œil aiguisé d’un analyste politique pour aborder la page d’évangile que Matthieu nous donne aujourd’hui à méditer.
C’est en effet à travers la métaphore d’un roi qui entreprend de réformer le gouvernement de son royaume, et de se choisir pour cela de nouveaux conseillers, que le texte évoque la transformation profonde que la venue du Messie va opérer dans la vie du peuple d’Israël.
Il montre les oppositions que le Fils de l’homme va rencontrer de la part des gens en place et le nécessaire renouvellement de ceux qui auront désormais à assurer la gouvernance du peuple ; de ce peuple d’Israël dont la venue de Jésus va bientôt faire le « Peuple de la Nouvelle Alliance » : un peuple favorisant les plus humbles.

Clin d'œil pour un nouveau regard sur la catéchèse :

La Nouvelle Alliance fait entrer dans le Royaume de Dieu tous ceux qui savent être humbles et se mettre réellement à Son service. Ceux-là sont les choisis de Dieu. C’est un Royaume de service et non de pouvoir...

Données introductives

Évangile du dimanche 11 octobre 2026 :

28e Dimanche du Temps Ordinaire - Année A

Synopse de cet évangile :

Luc 14,15-24

Niveau d’enseignement : 1er niveau : catéchèse de Jésus aux familles, "dans les maisons" (pour tous)
Collier évangélique : Colliers apocalyptiques

Note : Le découpage liturgique des évangiles ne révèle pas leur composition en damiers et en colliers de perles. Rétablir cette connaissance - qui structure l'enseignement donné par Jésus Lui-même - apporterait richesse et facilité d'assimilation à la catéchèse.
Consulter Les colliers évangéliques (2003) et La mémoire en damiers (2023) et Marie Mère de l’Église (2025).

L'Évangile : Matthieu 22,01-14

Note de traduction : pour des questions de droits d’auteur qui nous empêchent de publier le texte commun, nous vous proposons ici une traduction de l'Évangile depuis la Vulgate latine et la Peshitta araméenne. Bien qu'imparfaite, notre traduction cherche à favoriser la conservation du contexte de ces deux traditions ecclésiales. La pertinence de cette page tient davantage au commentaire proposé à sa suite.

  1. [1]Jésus prit la Parole et Il dit à nouveau en paraboles :
  2. Le Royaume des Cieux vient de la même veine que les invitations d’un roi à boire ensemble[2] parce que le temps des fiançailles est venu pour son fils[3].
  3. Et il envoya ses serviteurs faire l’annonce de cette réunion pour boire ensemble mais ils [les invités] ne voulurent pas que cela aboutisse.
  4. Et il envoya à nouveau d’autres serviteurs et en leur disant : « Dites aux invités : voici, mon repas est tout bien préparé. Mes bovins et mes volailles ont été tués et tout en actes et en dires a été bien préparé : venez boire pour fêter cette nouvelle alliance ! »
  5. Eux alors s’en fichèrent, et certains s’en allèrent à leur village et d’autres retournèrent à leurs négoces.
  6. Et le reste se saisit alors de ses serviteurs et ils se mirent à les insulter et ils les tuèrent.
  7. Alors quand le roi l’entendit, il se mit en colère et envoya ses hommes armés exterminer ces meurtriers et mettre le feu à la ville.
  8. Voici ce qu’il dit à ses serviteurs : « La fête des fiançailles était préparée mais les convives n’en étaient pas dignes.
  9. Allez donc aux ruelles des maisons depuis les grandes routes. Et à tous ceux que vous trouverez, appelez-les à cette fête d’alliance. »
  10. Ses serviteurs sortirent dans les rues et rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, mauvais et bons ; et l’alliance fut accomplie.
  11. Et le roi entra pour voir ceux qui étaient installés à table et il vit là un homme qui n’était pas vêtu de l’habit de fête.
  12. Et il lui dit : « Mon cher, comment êtes-vous entré maintenant sans avoir le vêtement de fête ? » Mais il garda le silence.
  13. Alors le roi dit aux serviteurs : « Liez-lui les mains et les pieds et jetez-le dans les ténèbres extérieures ; là seront les pleurs et les remords. »
  14. Car nombreux sont les appelés et ceux-là qui s’humilient seront reçus.[4]

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Commentaire

"Un pot" refusé

Contrairement à ce que les traductions habituelles nous donnent à penser, ce n’est pas à proprement parler à une noce que le roi invite les sages qui gravitent dans les allées du pouvoir et composent son conseil privé. C’est plutôt à une de ces réunions informelles que les Hébreux du temps appelaient des « meshtoutha » : mot araméen dont l’étymologie - « mashteya » - signifie « boire ensemble ». Il correspond tout à fait à ce que nous appelons aujourd’hui « un pot ».

L’occasion de cette réunion qui devrait être décontractée et amicale est fournie par le Prince héritier. Celui-ci va bientôt atteindre l’âge de sa majorité et doit faire ses premiers pas dans la vie publique. Comme les Dauphins de France ou les Princes de Galles, il va se voir confier par son père des responsabilités élargies qui le prépareront à gérer personnellement les affaires de son futur royaume. À l’occasion on envisagera même de faire pour lui le choix d’une fiancée qu’on jugera digne de partager un jour la couronne et de s’asseoir à ses côtés sur le trône.

Tout dans cette réunion amicale et informelle se déroule en somme conformément aux anciens usages et à la bienséance de la culture mésopotamienne dans laquelle baigne Israël. Elle prépare une transmission du pouvoir qui est parfaitement dans les règles et qui ne devrait donc donner lieu à aucune difficulté particulière.

Pourtant, même si elle s’opère en douceur, la perspective de cette mutation politique ne laisse pas d’inquiéter les sages qui sont chargés d’inspirer la politique royale et sont bien souvent tentés de la contrôler. Jaloux de leurs privilèges ces hommes d’appareil voient dans l’élévation du jeune prince une menace pesant sur leurs pouvoirs et sur les prérogatives qu’ils se sont souvent acquises avec peine, à force de calculs et de clientélisme. Aussi feignent-ils de ne pas entendre l’invitation amicale de leur roi et trouvent-ils cent prétextes pour prendre discrètement la tangente.

Une invitation dans les formes

Mécontent de leur attitude, le Souverain prend le parti de leur mander son invitation d’une manière beaucoup plus protocolaire et donc beaucoup plus autoritaire. Elle résonne un peu comme une mise en demeure. Cette fois-ci c’est à un véritable banquet qu’il les convoque ; à un banquet d’apparat pour lequel il fait préparer quantité de bovins et de volailles.

Cette nouvelle réunion a donc un caractère d’obligation qui est marqué par le fait que les convives sont tenus d’accepter l’habit d’apparat qui leur est proposé et qui marque leur humble fonction. Et surtout ils rappelleront à chacun d’entre eux les services qu’en toutes circonstances il est tenu de rendre à son maître. Cette fois-ci, le fait de ne pas se rendre à la convocation ne peut pas passer pour une simple marque de désinvolture. Il s’agit d’une grave désobéissance et même d’un acte délibéré de rébellion politique. Il menace le trône dans ses fondements et oblige le roi à réagir avec force, en faisant mettre les coupables à mort et en brûlant leur ville.

Un roi qui ne prend pas de demi-mesures

La suite du récit permet de comprendre l’habile stratégie politicienne que le roi choisit de déployer pour venir à bout de ses ennemis ; de même que la radicalité du changement qu’il souhaite provoquer dans l’organisation de son royaume. Son action en effet ne consistera pas à faire pièce à la mutinerie en s’appuyant sur ceux d’entre ses sages qui lui seraient restés fidèles, et qui ainsi pourraient y former une « nouvelle majorité » propre à le soutenir.

Les serviteurs qu’il envoie « aux ruelles des maisons depuis les grandes routes » n’auront pas à faire le tri entre les bons et les mauvais conseillers qui ont trouvé leur place à l’intérieur de l’appareil d’état ; ceux qu’ils appelleront ne feront pas partie de leur cercle. Il s’agira au contraire de tous ceux qui ont été leurs opposants et qui ont été écartés en leur faveur des arcanes du pouvoir.

C’est dire qu’en vue de la Fête de la Nouvelle Alliance, c’est un peuple tout entier qui devra être réformé et transformé de l’intérieur ; un peuple où ne seront admis que ceux qui porteront le vêtement de fête, c’est-à-dire ceux qui accepteront, sans réticence aucune, de s’agréger à ce peuple renouvelé qui s’appellera l’Église.

Jésus nous le rappelle (cf. Mt 20,1-16.]]) en conclusion de la parabole, verset 14 : "nombreux sont les appelés et ceux qui s’humilient sont reçus" : Il y a d’une part un appel de Dieu et d’autre part, l’acceptation de chacun à suivre humblement sa vocation propre au service de l’Église, laïcs comme religieux. À l’exemple de Notre Mère, la Vierge Marie.

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Parabole du Grand Banquet

Monogrammiste de Brunswick - circa 1525

Musée national de Varsovie


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