Matthieu 28,1-10
Le Tombeau vide de Jésus et la Lumière de la Résurrection
Évangile du dimanche 5 avril
par Pierre Perrier, académicien
Les apôtres ne peuvent croire les femmes, bien qu’elles soient les premières à toucher et à parler avec le Christ ressuscité. Pour eux la Résurrection a consisté pour Jésus à remonter au Ciel avec Son Corps, ce que les linges affaissés donnent à penser à Pierre et à Jean. Ces contradictions apparentes incitent Matthieu - l’évangéliste précis - à enquêter avec méthode et à recueillir tous les témoignages pour fixer cet évènement.
Clin d'œil pour un nouveau regard sur la catéchèse :
En se réclamant de la Science, l’école historico-critique a passé au crible du doute tous les récits de l’Évangile et nous a habitués à considérer ses enseignements avec méfiance. C’est ignorer l’esprit de rigueur et de méthode avec lequel la première Église, gardienne des traditions hébraïques, a su retenir et transmettre les témoignages. L’apôtre Matthieu donne sans doute un excellent exemple de cette probité.
Données introductives
| Évangile du dimanche 5 avril 2026 : | Dimanche de Pâques - Année A |
|---|---|
| Synopse de cet évangile : | Il n’y a pas de synopse à proprement parler car les témoins qui sont allés au tombeau y sont allés à des moments différents. En revanche, leurs témoignages se complètent. |
| Complément d'information : | Marie Mère de l’Église pages 582 et 583 |
| Niveau d’enseignement : | 1er niveau : catéchèse de Jésus aux familles, "dans les maisons" (pour tous) |
| Collier évangélique : | Colliers de la Résurrection |
Note : Le découpage liturgique des évangiles ne révèle pas leur composition en damiers et en colliers de perles. Rétablir cette connaissance - qui structure l'enseignement donné par Jésus Lui-même - apporterait richesse et facilité d'assimilation à la catéchèse. |
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L'Évangile : Matthieu 28,1-10
Note de traduction : pour des questions de droits d’auteur qui nous empêchent de publier le texte commun, nous vous proposons ici une traduction de l'Évangile depuis la Vulgate latine et la Peshitta araméenne. Bien qu'imparfaite, notre traduction cherche à favoriser la conservation du contexte de ces deux traditions ecclésiales. La pertinence de cette page tient davantage au commentaire proposé à sa suite.
- [1]À la lueur du ciel du soir du sabbat Marie de Magdala[2] et une autre Marie[3] viennent voir le tombeau.
- Et voici[4] qu’il y eut un grand tremblement de terre : un ange du Seigneur Dieu descendait en venant du Ciel, et en s’approchant il fit basculer la pierre servant de porte d’entrée et se tint assis dessus.
- Alors ce qui fut donné à voir fut comme un éclair et son vêtement blanc comme de la neige.[5]
- Et de la terreur qui sur ces faits s’empara des gardiens, ils tremblèrent et furent comme morts.
- Alors l’ange se mit à expliquer aux femmes présentes : « N’ayez pas peur, car je sais que vous cherchez Jésus, Lui qui avait été exposé en croix.
- Il n’est plus ici car Il s’est relevé vivant comme Il l’avait dit. Venez et voyez l’endroit dans lequel avait été déposé Notre Seigneur.
- Et maintenant vous avez à révéler à ses disciples Sa Résurrection de la maison des morts, car voici qu’Il va les précéder en Galilée ; là ils le reverrons.
C’était ce que j’avais à vous dire. » - Et à partir du tombeau, dans leur frayeur mais comblées d’une grande joie, elles couraient pour que cela soit dit à Ses disciples[6].
- Et voici que Jésus se manifesta en elles[7] venant à leur rencontre et en leur disant : « La Paix soit avec vous ». Alors elles s’approchèrent touchant en premier Ses pieds en se prosternant devant Lui.
- Et c’est alors que Jésus leur redit : « N’ayez pas peur, mais allez dire à Mes frères qu’ils ont à aller [tous] en Galilée et c’est là qu’ils Me verront [tous][8]. »
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Commentaire
Levi-Matthieu ; le disciple « précis »
Le moins que l’on puisse dire de l’évènement de la Résurrection, c’est qu’il est de nature à susciter une certaine incrédulité, de l’incompréhension et même des sarcasmes auprès du public auquel on l’annonce, que ce soit sur le chemin d’Emmaüs ou sur la colline de l’Aréopage.[1]
Aussi est-il intéressant d’observer, à travers l’évangile qu’il nous est donné de méditer aujourd’hui, de quelle façon la mémoire de ce fait pour le moins « improbable » a été fixée par les disciples, et comment les éléments qui en forment le récit en ont été recueillis et certifiés.
Or l’intérêt singulier de ce texte tient au fait qu’il a été collecté et nous a été transmis par Matthieu : c’est-à-dire par un apôtre auquel nous avons une double raison d’accorder notre confiance, du fait qu’il était un lévite (et donc un diacre) et qu’il fût un publicain.
En sa qualité de lévite, il appartenait à un groupe d’hommes dont on sait l’attachement et la fidélité aux coutumes et aux traditions d’Israël. Depuis le retour d’exil de Babylone, les pharisiens pouvaient compter sur eux pour diffuser avec une pointilleuse fidélité leurs enseignements sur la Torah.
En tant que publicain, il exerçait les fonctions d’un percepteur d’impôts au bénéfice de l’administration impériale ; une activité qui, de longue date, l’avait habitué à dresser des inventaires et à tenir des registres avec un soin méticuleux.
C’est en somme à très juste titre qu’à son nom de Lévi, la tradition a ajouté le surnom de « Matthai », mot araméen qui signifie « le précis ».
Matthieu mène son enquête… dans le respect des règles
Matthieu n’a pas assisté à l’évènement qu’il rapporte dans ce texte et c’est à une véritable enquête qu’il a dû se livrer pour en reconstituer le fil, en vérifiant les allégations de ses différents protagonistes et en croisant avec méthode les témoignages des uns et des autres. On peut penser à Pierre et Jean, aux soldats, aux disciples d’Emmaüs, sans oublier la Vierge Marie.
Il fait ce travail consciencieusement, en respectant les règles pointilleuses et exigeantes du droit hébraïque ; lesquelles règles ne lui facilitaient d’ailleurs pas la tâche puisque les principales protagonistes de l’évènement étaient des femmes et que les témoignages des femmes n’étaient pas pris en compte en premier lieu par les tribunaux d’Israël. C’est là une coutume qui peut nous étonner aujourd’hui mais dans laquelle il serait toutefois injuste de ne voir qu’un signe de misogynie. Elle est liée au fait que la pensée juive prenait la relation des époux comme modèle de la vie mentale et avait coutume de bien distinguer les rôles : le témoignage de l’homme était censé rapporter ce qui est factuel et objectif ; alors que l’esprit de la femme était réputé plus à l’aise avec ce qui relève de l’intuition, des sentiments et de la vie.
Ainsi a-t-il pu recueillir le témoignage de Marie Cléophas, veuve du prince davidique Alphée[2], mais Matthieu n’a pas intégré dans son évangile le témoignage de Marie-Madeleine, laissant à Jean, qui deviendra rabbi, le soin de recueillir les détails sur ce qu’elle avait vécu.
Les rumeurs qui courent dans le Temple
Pour mener à bien cette enquête, Matthieu est sans doute monté au Temple, dans la partie réservée aux Lévites. Il a pu y recueillir les indiscrétions des uns et des autres, afin de vérifier que les gardes avaient bien été à leur poste, depuis le crépuscule du samedi soir jusqu’à l’aube du dimanche ; qu’ils avaient bien constaté la présence du corps de Jésus à l’intérieur du Tombeau dont ils avaient dûment validé les scellés.
Ces mêmes gardes ont pu, en outre, lui fournir des précisions relatives à ce qu’ils avaient fait eux-mêmes ; à la peur qu’ils avaient éprouvée en voyant l’ange de lumière basculer, d’une pichenette, la pierre du tombeau, à l’argent que les maîtres du Sanhédrin leur avaient promis pour prix de leur silence, et afin qu’ils n’aillent surtout pas ébruiter l’affaire parmi le peuple...
Les témoins de la Lumière divine
Pendant cette nuit, ce qui a le plus frappé les protagonistes de l’évènement, c’est à l’évidence l’extraordinaire halo de lumière qui enveloppait le corps resplendissant de l’ange. Son aspect surnaturel a terrorisé les soldats autant qu’il a pu émerveiller les saintes femmes. C’était une lumière irréelle[3], comme un étrange reflet de la Sagesse divine, que Jean décrit aussi dans le livre de l’Apocalypse quand il déclare : « Et j’ai vu un autre ange, plein de force, descendre du ciel, ayant une nuée pour manteau, et sur la tête un halo de lumière ; son visage était comme le soleil, et ses jambes comme des colonnes de feu. » (Ap 10,1)
Cette lumière, Mathieu ne l’a pas vue personnellement. Il n’est qu’un témoin indirect et n’a aucune idée de ce qu’elle fut en réalité. En revanche la description que Marie-Madeleine en a faite n’a certainement pas manqué de réveiller dans l’esprit de Pierre, de Jacques et de Jean le souvenir de ce qu’ils avaient vu au mont Thabor, au jour de la Transfiguration... quand Jésus leur avait demandé de garder le secret sur tout ce qu’ils venaient de voir, et les avait laissés tout perplexes, avec à l’esprit cette question : que peut bien signifier l’expression « ressuscité des morts » ?
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