Jean 10,1-10
La Porte du troupeau et les dangers dans et hors de l’enclos
Évangile du dimanche 26 avril
par Pierre Perrier, académicien
Face aux attaques dont elle ne cesse d’être l’objet, tant en son sein que de la part d’un laïcisme de plus en plus agressif, l’Église devrait pouvoir puiser dans cette page d’Évangile, à la fois un critère de jugement et une règle de conduite. Ses fidèles y apprendront à choisir inconditionnellement la vie dont Jésus est la source ; et à vivre avec Lui dans un « cœur à cœur » ardent qui ouvrira leur esprit au vrai sens de Sa Parole.
Clin d'œil pour un nouveau regard sur la catéchèse :
Face aux idéologies mortifères qui nous enfument quotidiennement, avons-nous le réflexe de nous tourner vers le Christ et de tendre l’oreille à Sa voix dont nul ne saurait contrefaire Sa douceur et Son Amour qui ne cessent d’agir ?
Données introductives
| Évangile du dimanche 26 avril 2026 : | 4e Dimanche de Pâques - Année A |
|---|---|
| Synopse de cet évangile : | dans aucun autre évangile. |
| Niveau d’enseignement : | 3e niveau : enseignements de Jésus aux apôtres (pour les prêtres) |
| Colliers évangéliques : |
|
Note : Le découpage liturgique des évangiles ne révèle pas leur composition en damiers et en colliers de perles. Rétablir cette connaissance - qui structure l'enseignement donné par Jésus Lui-même - apporterait richesse et facilité d'assimilation à la catéchèse. |
|
L'Évangile : Jean 10,1-10
Note de traduction : pour des questions de droits d’auteur qui nous empêchent de publier le texte commun, nous vous proposons ici une traduction de l'Évangile depuis la Vulgate latine et la Peshitta araméenne. Bien qu'imparfaite, notre traduction cherche à favoriser la conservation du contexte de ces deux traditions ecclésiales. La pertinence de cette page tient davantage au commentaire proposé à sa suite.
- [1]Amen, amen, Moi Je vous le dis : « celui qui n’entre pas dans l’enclos du troupeau[2] par la porte, mais qui y monte par un autre endroit, celui-là est un voleur ou un brigand.
- Alors que Celui qui entre par la porte, c’est le Berger du troupeau.[3]
- Et à elles [les brebis] est ouverte la porte par le gardien, et le troupeau entend bien Sa voix [du Berger] ; Il appelle par leur nom les ovins[4] qui Lui appartiennent et les fait sortir dehors.
- Et les béliers sortent en tête avec Lui, et Ses brebis[5] vont derrière parce qu’elles reconnaissent Sa voix.
- Derrière un étranger elles fuiraient loin de ce qu’il propose parce qu’elles ne reconnaissent pas la voix d’un étranger. »
- Et alors que Jésus leur avait dit cette leçon de sagesse[6], ils ne comprirent pas le contenu de ce qu’Il avait partagé avec eux.
- Alors Jésus allant plus loin leur dit : « En vérité, en vérité, Moi Je vous dis que Je suis pour le troupeau sa Porte.
- Et tous ceux-là[7] qui viennent sont des voleurs ou des brigands et les brebis n’ont pas à les écouter. »
- Moi Je suis La Porte et celui qui entrerait par celle-ci - si imparfait qu’il fût - aurait la Vie ; il entrerait et ressortirait en y ayant trouvé de quoi se nourrir.
- Le voleur ne vient que pour voler, égorger et détruire. Moi Je suis venu pour qu’elles reçoivent de Moi bien plus de vie[8] en paroles et en gestes.
Revecez Etphata par email
grâce à notre lettre :
Commentaire
Un "nouage" de mots efficace
Dans les dix versets qui composent cette page d’évangile le lecteur aura sans doute remarqué que les termes importants sont répétés avec une obstination qui pourrait faire croire à une maladresse. Combien d’occurrences y trouve-t-on pour les mots « porte », « brebis », « ovins » et autre « troupeau » ?
En fait, il s’agit là d’un procédé très maîtrisé, et très caractéristique des textes de composition orale dans lesquels il ne faut jamais perdre de vue que les répétitions ne sont pas fortuites mais que leur sens demande au contraire à être interprété avec le plus grand soin.
Outre qu’elles mettent en valeur les idées maîtresses, les répétitions permettent en effet de structurer les textes en leur faisant subir une sorte de nouage qui en cristallisent le contenu ; conférant ainsi à leur enseignement une certaine densité de sens.
C’est comme si, en mettant ostensiblement les points sur les « i », l’auteur d’un texte cherchait à en faire un objet mental solide, aisé à saisir, facilement mémorisable et propre à faire sentir toute l’importance du thème enseigné.
Enseignement et mise en garde
Le thème qui fait l’objet de l’évangile que Jean nous donne à méditer aujourd’hui est celui de la constitution on pourrait dire basique de l’Église. Il précise le principe qui doit présider à son organisation et à son fonctionnement. Cet enseignement est destiné aussi bien aux fidèles qu’elle accueille et éduque en son sein qu’à ceux qu’elle envoie en mission dans le monde extérieur. Dans les deux cas, il se double d’une mise en garde contre les dangers spécifiques qui menacent d’en pervertir le sens.
Ainsi peut-on ramener ce texte de Jean à deux parties qui se complètent thématiquement.
L’intérieur de l’enclos du troupeau et la menace hérétique
La première partie du texte concerne l’intérieur de « l’enclos du troupeau » qui n’est rien d’autre que l’Église elle-même ; un enclos dont la porte est Jésus. C’est un lieu fermé où ne peuvent entrer que ceux qui y ont été invité par le Seigneur Lui-même. N’a-Il pas déclaré à ses disciples : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi. C’est Moi qui vous ai choisis ». Jean 15,16
Cet enclos des brebis est le lieu où sont proposés des qoubalé d’enseignement[1] : une assemblée invitée à se former en communauté et dans laquelle les fidèles ne doivent pas seulement écouter les Paroles de Jésus comme on reçoit un enseignement théorique ou une leçon de morale, mais apprendre à « reconnaître Sa Voix ».
C’est aussi un lieu de célébration sacrificielle (appelé qourbana en araméen, messe en français) où l’on s’approche de Dieu par le cœur pour Le louer et recevoir Ses grâces. Cela selon les mystères ineffables transmis par Jésus Lui-même. Autrement dit à entrer dans un cœur à cœur profond avec le Maître, afin de se laisser toucher par le souffle de son Esprit et de grandir et vivre de Sa vie même.
Or le danger est déjà là : avec « les voleurs et les brigands » qui s’introduisent frauduleusement dans l’enclos en ignorant le gardien. Ce sont des hérétiques qui s’approprient les paroles de l’évangile, voire les professent avec enthousiasme, mais qui les détournent aussi de leur sens véritable afin de les enrôler dans leurs projets idéologiques ; avec toute la fausse-monnaie de leurs valeurs humanistes et leur progressisme « à la mode du temps ». En araméen, la distinction entre voleur et brigand tient à la différence d’appropriation du bien dérobé. Dans le cadre du message de l’Évangile, le premier aura tendance à l’édulcorer et l’autre à le durcir. Ce vol concerne aussi bien le message que sa célébration.
L’extérieur de l’enclos et le danger des idéologies étrangères
La deuxième partie du texte concerne les fidèles qui, ayant entendu la Parole de Jésus et reconnu la douceur de Sa voix, vont enseigner la Parole en dehors de l’enclos, dans le vaste Monde, en empruntant la même porte que leur Divin Maître et en se laissant guider par la douceur de Sa voix. C’est l’Église des missionnaires qui vont annoncer au monde ce qu’ils ont entendu au cours des qoubalé et ruminé à l’intérieur de l’enclos et dans le secret des maisons.
Ici le danger ne sera pas le même, il viendra des étrangers. C’est-à-dire de penseurs qui, soit ignoreront tout de la Promesse faite à Abraham et de la Bonne Nouvelle, soit y seront indifférents ou hostiles. Ils parleront d’autres langages que celui de l’Église, et professeront d’autres valeurs ; les langages et les valeurs des philosophes ou des idéologues qui, par le caractère brillant de leurs propos et la magie de leur logorrhée progressiste risqueront de séduire et d’égarer les chercheurs de vérité les plus sincères et de les attirer hors de l’Église…
Contre ce danger-là Jésus ne met pas seulement ses disciples en garde. Il leur fournit une recette infaillible pour reconnaître les doctrines pernicieuses et ne pas se laisser prendre à leur séduction. C’est que sous couvert de générosité, de progrès, de liberté et de justice (tous faux-semblants de « valeurs chrétiennes ») elles aboutissent toujours, d’une façon ou d’une autre, et comme par une sorte de fatalité, à cette « culture de mort » que saint Jean-Paul II dénonçait avec tant de force, cette culture qui, sous prétexte « d’avancées sociétales » et avec une implacable logique, conclut à la légitimité de l’avortement et de l’euthanasie alors que ce qui vient de Jésus est toujours la source d’une surabondance de vie.
Annoncer la Bonne Nouvelle... nous concerne tous
Invitez vos proches à découvrir ce contenu en leur communiquant l'adresse de cette page (copier l'adresse) ou directement grâce à ces liens pour WhatsApp , Facebook , X (Twitter) , LinkedIn et sinon par email. Nous comptons sur vous.
Pierre PerrierRevecez Etphata par email
grâce à notre lettre :
Le Bon Pasteur
IIIe siècle
Catacombe de Priscille, Rome
Pour réagir ou partager cette page, retrouvez-la sur votre écran :
URL courte : https://etphata.org/180
Accueillir l'Évangile de ce Dimanche :
Luc 24,13-35 - Résurrection de Jésus : deux pèlerins sur la route d’Emmaüs - Évangile du dimanche 19 avril
Un des enjeux de la page d’évangile que nous avons à méditer aujourd’hui tient à ce qu’elle nous donne à voir la singulière différence entre les témoignages des femmes et celui des hommes, pourtant tous véridiques. Cette différence se manifeste notamment par leur attitude différente face au fait de la Résurrection et elle est la source du trouble des disciples d’Emmaüs. En chercher la raison ... Lire la suite >>
Évangiles avant et après Jean 10,1-10 :
Marie Mère de l'Église
Et moi j'ai vu et je rends témoignage
Un argumentaire raisonné pour un nouveau regard sur l’histoire de l’Église et des évangiles. Ce livre vient à la suite de Marie Mère de Mémoire et propose nombre de références rendant justice à la qualité des textes canoniques dans la langue de Jésus et mettant en évidence l’organisation de l’Église mise en place par Jésus ainsi que le rôle discret mais essentiel de Marie. Lire la suite >>
Église des origines
Les bonnes nouvelles du Vatican
Nous sommes heureux de vous annoncer deux bonnes nouvelles concernant la recherche sur l’Église des origines. D’une part, la sortie par les presses du Vatican des actes du colloque organisé en 2021 sur le thème de l’histoire des premiers siècles de l’Église. Colloque auquel, comme vous le savez, nous avions largement contribué. D’autre part, dans une lettre publiée ce 21 novembre 2024, ... Lire la suite >>
Un message, un commentaire ?
Vous êtes nouveau sur le site : S'inscrire.