Luc 14,25-35
Choisir la pédagogie de Jésus en renonçant aux attachements du monde
Évangile du dimanche 7 septembre
par Pierre Perrier, académicien
En déplorant les malheurs de son temps, Saint François d’Assise disait : « L’Amour n’est pas aimé. » Il résumait en quelques mots le sens de l’Évangile que Luc nous rapporte ici. Celui-ci nous enseigne qu’il faut aimer en procédant en bon ordre : en commençant par Dieu qui est Amour et qui est l’unique source de tout véritable amour.
Clin d'œil pour un nouveau regard sur la catéchèse :
À ceux qui veulent recevoir Son enseignement, Jésus propose de s’extraire de la foule pour entrer dans un qoubala et y apprendre Sa parole par cœur. Il l’y ruminera en se mettant petit à petit au diapason de l’assemblée et en s’intégrant à son « nous collectif », découvrant ainsi un Dieu qui agit par Son Verbe.
Rappelons qu’un qoubala est une réception à laquelle on est invité pour un enseignement, ou un mariage, un deuil ou toute autre occasion... Le qoubala que propose Jésus est celui de l’Alliance avec Dieu.
Données introductives sur Luc 14,25-35
Évangile du dimanche 7 septembre 2025 : | 23e dimanche du Temps Ordinaire |
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Synopse de cet évangile : |
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Complément d'information : | Marie Mère de l’Église pages 535 à 539 |
Niveau d’enseignement : | 2e niveau : enseignements de Jésus aux disciples (pour les diacres) |
Collier évangélique : | Collier des diacres |
Note : Le découpage liturgique des évangiles ne révèle pas leur composition en damiers et en colliers de perles. Rétablir cette connaissance - qui structure l'enseignement donné par Jésus Lui-même - apporterait richesse et facilité d'assimilation à la catéchèse. |
L'Évangile de Jésus Christ selon Saint Luc
chapitre 14, versets 25 à 35
Note de traduction : pour des questions de droits d’auteur qui nous empêchent de publier le texte commun, nous vous proposons ici une traduction de l'Évangile depuis la Vulgate latine et la Peshitta araméenne. Bien qu'imparfaite, notre traduction cherche à favoriser la conservation du contexte de ces deux traditions ecclésiales. La pertinence de cette page tient davantage au commentaire proposé à sa suite.
- Et en ce temps-là, alors que de grandes foules suivaient Jésus, Il se retourna vers eux et leur dit :
- « Celui qui vient auprès de Moi, et ne renonce pas à se tourner vers son père et sa mère et sa femme et ses enfants et ses frères et sœurs et même à se détourner de lui-même[1] ne peut pas être disciple sans se tourner [exclusivement] vers Moi.
- Et pour celui qui ne se met pas à monter son échelle[2], devenir disciple à Ma suite, il ne le peut pas.
- Quel est en effet celui d’entre vous qui voudrait bâtir une tour bien solide, et ne s’assiérait pas d’abord pour réfléchir s’il y pourvoira jusqu’au bout ?[3]
- Pour lui ce ne sera pas quand seront posées les fondations, mais quand il ne sera plus capable d’en faire l’achèvement, que tous ceux qui le voient se mettront à se moquer de lui.
- Et ils diront de lui : "C’est un homme qui a commencé à faire bâtir et n’a même pas pu faire achever !"
- Ou bien quel est ce roi qui s’en va pour se battre contre son opposant, le roi son voisin, et n’a pas auparavant réfléchi si, ayant auprès de lui dix mille hommes, cela le rendrait capable de réussir à s’opposer à celui qui vient vers lui avec ses vingt mille hommes ?
- Et si c’est non, il peut, alors qu’il est encore loin, envoyer des ambassadeurs pour faire une entrée en Paix.
- Il en est de même pour tous les hommes qui ne veulent rien laisser de ce à quoi ils tiennent : c’est non pour être mon disciple.
- [4]Le sel est une bonne chose, mais s’il s’affadit avec quoi le resaler ?
- Il ne convient plus, ni pour la terre ni pour le fumier ; il est à rejeter dehors. Qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! »[5]
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Commentaire et contexte de cet Évangile
Un exemple de composition orale
L’enseignement que Luc nous transmet et nous donne à ruminer avec cette page d’évangile, forme une composition particulièrement structurée. Elle s’organise autour de la demande ou plutôt de l’objurgation que Jésus adresse à ses disciples de L’aimer plus que leurs propres vies en renonçant à eux-mêmes et en portant leurs croix sur un chemin qui sera difficile. Il devront pour cela entrer par la porte étroite de l’humilité et prendre une échelle pour gravir la tour de l’apprentissage de la Parole.[1]
En amont de cet épicentre, les Paroles du Maître exposent ce que devra être, - mais aussi ce que ne devra pas être - l’amour. Tandis qu’en aval, deux paraboles jumelles proposent une réflexion sur les difficultés qu’il y aura à mettre en pratique l’amour que Jésus est venu rendre présent dans le Monde ; difficultés que les disciples devront affronter à la fois sous le regard cruel des hommes et sous celui - bienveillant et réparateur - de Dieu.
Au total, cette composition confère à l’ensemble de l’enseignement un caractère à la fois percutant et clair qui en rend le contenu facile à mémoriser et surtout à « ruminer ». C’est en somme un pur texte de composition orale.
Jésus ne veut pas d’un amour qui procéderait d’une connivence des haines
Il n’est pas indifférent que le récit nous montre Jésus porté par l’enthousiasme de « foules nombreuses » et se retournant pour s’adresser à elles ; se mettant ainsi à contre-courant du consensus qui les porte vers Lui. Il ne sait que trop « ce qu’il y a dans l’homme » et Il sent bien la versatilité de ces gens qui L’acclament aujourd’hui et Lui sourient mais qui demain, à l’heure du danger, Le laisseront monter au Calvaire ; soit dans une passivité soigneusement organisée soit en partageant la furie de ses bourreaux.
L’amour que le Fils de Dieu est venu manifester dans le Monde n’a rien à voir avec la « fausse-monnaie » dont parlent les romans d’André Gide ; ni avec les sentiments généreux et toujours ambigus que flattent les idéologies démagogiques des révolutionnaires ; sentiments dont le ressort secret n’est bien souvent qu’une sournoise complicité des haines ; un acoquinement qui peut en apparence aplanir les conflits qui déchirent le corps social, mais qui transforment aussi bien souvent le héros adulé de la veille en un bouc émissaire du lendemain.
« Se renoncer »
Les phrases que prononce Jésus pour dire à quelle sorte d’amour Il appelle les hommes peuvent évidemment paraître paradoxales, voire même outrancières. Mais il faut éviter de les prendre à contre-sens, en comprenant que leur formulation percutante vise à exprimer la nécessité d’un renversement radical dans la mentalité et dans les sentiments de ceux qui voudront se mettre à la suite du Christ.
Il ne s’agira évidemment pas de porter à son prochain un amour de moindre qualité que celui qu’on doit réserver à Dieu. Les Écritures Saintes ne disent-elles pas de façon explicite que le deuxième commandement (qui est d’aimer son prochain) est « semblable » au premier ( qui est d’aimer Dieu « de tout son cœur, de toute sa force et de tout son esprit ») ?
Le sens des Paroles de Jésus est qu’il faut aimer, si l’on peut dire, « en bon ordre » ; qu’aimer vraiment son père, sa mère, ses frères et ses sœurs, suppose qu’on aime d’abord et avant tout l’Amour Lui-même ; c’est-à-dire Celui qui n’est qu’Amour et qui est donc la source inépuisable de tout véritable amour. C’est là le seul moyen que nous ayons pour éviter la fausse-monnaie de ces bons sentiments hypocrites qui prennent racine dans le secret des familles mais qui ne manqueront pas de faire du Fils de Dieu le plus tragique des boucs émissaires.
Aimer devant les hommes et devant Dieu
Cet amour dont Jésus est venu nous donner l’exemple, l’homme ne saurait le vivre dans la facilité, ni sans se livrer sur soi-même à un combat rude et de tous les jours. Ce sera pour lui de multiples échecs à subir et de longues périodes de découragement qu’il lui faudra traverser ; en se mettant à la fois sous le regard sans indulgence des hommes et sous celui plein de miséricorde et d’amour dont Dieu ne manquera pas de le consoler.
C’est ce qu’illustrent les deux courtes paraboles que Jésus donne en conclusion de cet enseignement.
La première concerne l’accueil peu charitable que l’Amour recevra dans le monde.
À l’instar de l’homme qui échoue à construire la tour de sa maison, l’homme qui ne parviendra pas à mettre le véritable amour en pratique et à en faire durablement le projet de sa vie, se verra en butte aux moqueries de ses semblables, lesquels, après avoir raillé sa volonté de vivre saintement de l’amour, observeront ses échecs d’un œil amusé et narquois qui aggravera son malheur.
La deuxième parabole donne au contraire une ouverture sur l’espérance.
À travers la figure du Grand Roi qui acceptera de traiter avec un ennemi moins puissant que lui et de lui accorder généreusement la paix qu’il demande, elle évoque évidemment l’attitude miséricordieuse d’un Dieu plein d’un véritable Amour qui ne laissera pas Ses serviteurs se désespérer de leurs échecs.
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Circa 1884-96
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