La catéchèse des premiers chrétiens :
un trésor pour la nouvelle évangélisation

Luc 24,13-35

Résurrection de Jésus : deux pèlerins sur la route d’Emmaüs

Évangile du dimanche 19 avril

par , académicien

Un des enjeux de la page d’évangile que nous avons à méditer aujourd’hui tient à ce qu’elle nous donne à voir la singulière différence entre les témoignages des femmes et celui des hommes, pourtant tous véridiques. Cette différence se manifeste notamment par leur attitude différente face au fait de la Résurrection et elle est la source du trouble des disciples d’Emmaüs. En chercher la raison nous donne à voir la dimension anthropologique des uns et des autres, et la richesse de leur complémentarité.

Clin d'œil pour un nouveau regard sur la catéchèse :

La tradition historico-critique nous a habitués, au nom d’une sacro-sainte rationalité, à mettre en doute tous les récits de la vie de Jésus. L’épisode des disciples d’Emmaüs nous permet au contraire de constater la rigueur toute juridique avec laquelle les Hébreux et la première Église avaient le souci de recueillir et de transmettre des témoignages parfaitement indubitables.

Données introductives

Évangile du dimanche 19 avril 2026 :

3e Dimanche de Pâques - Année A

Synopse de cet évangile :

Marc 16,12-13

Complément d'information : Marie Mère de l’Église pages 583 et 585
Niveau d’enseignement : 1er niveau : catéchèse de Jésus aux familles, "dans les maisons" (pour tous)
Collier évangélique : Colliers de la Résurrection

Note : Le découpage liturgique des évangiles ne révèle pas leur composition en damiers et en colliers de perles. Rétablir cette connaissance - qui structure l'enseignement donné par Jésus Lui-même - apporterait richesse et facilité d'assimilation à la catéchèse.
Consulter Les colliers évangéliques (2003) et La mémoire en damiers (2023).

Par rapport à la liturgie, nous avons ajouté le verset 36 pour une meilleure cohérence.

L'Évangile : Luc 24,13-36

Note de traduction : pour des questions de droits d’auteur qui nous empêchent de publier le texte commun, nous vous proposons ici une traduction de l'Évangile depuis la Vulgate latine et la Peshitta araméenne. Bien qu'imparfaite, notre traduction cherche à favoriser la conservation du contexte de ces deux traditions ecclésiales. La pertinence de cette page tient davantage au commentaire proposé à sa suite.

  1. [1]Et, en ce même jour, il s’en trouva deux d’entre eux pour s’en aller vers un bourg appelé Emmaüs et ils étaient éloignés de Jérusalem de soixante stades.
  2. Et ils étaient en train de se répéter l’un avec l’autre toutes ces choses qui étaient arrivées.
  3. Et ce fut alors qu’ils se les répétaient en cherchant à les comprendre l’une avec une autre[2], que Jésus vint et les rejoignit et se mit à marcher avec eux.
  4. Et leurs yeux étaient fixés ailleurs[3] sans pouvoir Le reconnaître.
  5. Et Il leur disait : « Quel décompte[4] faites-vous de ces paroles que vous répétez l’un avec l’autre tandis que vous faites cette marche et êtes tristes ? »
  6. L’un d’eux, nommé Cléophas, répondit et Lui dit : « Serais-tu vraiment le seul étranger venant de Jérusalem qui n’ait pas su les évènements qui ont eu lieu en elle en ces jours ? »
  7. Il leur dit : « Sur quoi ? » Ils Lui dirent : « Sur Jésus, celui de Nazareth, un Homme qui était un Prophète, et Qui était puissant en Parole et en ce qu’Il faisait par devant Dieu et devant tout le peuple,
  8. et les grands-prêtres et les Anciens L’ont livré pour être condamné à mort et être exposé en croix,
  9. alors que nous, nous espérions qu’Il avait été préparé pour délivrer Israël[5], et voici le troisième jour depuis que tous ces faits ont eu lieu.
  10. Mais il y a aussi que des femmes qui sont des nôtres nous ont bouleversés, car elles ont été les premières au tombeau.
  11. Et quand elles n’eurent pas trouvé Son Corps, elles sont revenues nous dire que là-bas elles avaient vu des anges qui disaient que, quant à Lui, Il est vivant.
  12. Et aussi des hommes d’entre nous sont allés au tombeau et ils ont trouvé tout comme les femmes l’avaient dit et alors, Lui, ils ne L’ont pas vu ! »
  13. C’est alors que Jésus leur dit : « Ô hommes manquant de prise de conscience et dont les cœurs sont lourds et lents à croire à toutes ces choses dont ont parlé les prophètes !
  14. N’avait-Il pas à se préparer à ces choses et à les supporter pour entrer dans Sa Gloire ?[6]
  15. Et en commençant à partir de Moïse, et à partir de tous les prophètes, Il leur fit l’explication à partir de sa propre inspiration[7] de toutes les Écritures.[8]
  16. Et ils s’approchaient d’un village, celui-là même où ils allaient, et Il se mit à leur souhaiter du bien[9] comme s’Il allait bien plus loin.
  17. Et ils Le pressèrent et Lui disaient : « Reste auprès de nous parce que le jour présent s’assombrit. » Et Il entra pour rester auprès d’eux.
  18. Et quand ce fut le moment d’être à table avec eux, Il prit le pain et dit la bénédiction et le rompit et le leur donna.
  19. Et d’un coup leurs yeux s’ouvrirent et ils Le reconnurent et Lui fut emporté d’avec eux[10].
  20. Et ils se dirent l’un à l’autre : « Notre cœur n’était-il pas brûlant au-dedans de nous lorsqu’en chemin Il nous faisait redire et nous ouvrait les Écritures ? »
  21. Et ils se levèrent à l’instant même et s’en retournèrent à Jérusalem et ils retrouvèrent les "Onze" qui se réunissaient et ceux qui étaient avec eux,
  22. Ils disaient alors : « En vérité, notre Seigneur était debout[11] avec nous et Il fut aussi visible de Simon[12]. »
  23. Et eux firent aussi leurs dépositions[13] de ce qui avait eu lieu sur la route et comment Il avait été reconnu par eux quand Il avait rompu le pain.
  24. Et ce fut quand ils répétaient ces choses que Jésus fut debout au milieu d’eux[14] et leur dit : « La Paix soit avec vous ! Moi, c’est Moi ! n’ayez plus peur ! »

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Commentaire

Paroles d’hommes

Au regard des anciennes lois juives, la parole des femmes n’avait pas le même poids que celle des hommes, lesquels étaient les seuls à pouvoir faire entendre leur voix devant les tribunaux d’Israël. On considérait en effet que leurs manières de penser étaient par nature foncièrement différentes, même si elles devaient s’accorder pour produire un enseignement qui devait être à la fois parfaitement rigoureux par son contenu et susceptible d’ouvrir l’intelligence à l’amour de Dieu et à l’esprit de Miséricorde ; c’est-à-dire d’aller bien au-delà de ce que la raison est capable de saisir.

L’esprit des hommes était jugé plus objectif que celui de leurs compagnes, et de ce fait plus capable de se plier aux règles rabbiniques qui régissaient l’administration de la justice ; des règles on ne peut plus strictes dont on notera au passage qu’elles sont respectées de façon exemplaire par les deux pèlerins d’Emmaüs.

Paroles de femmes

Pour autant, il ne faut pas croire que le témoignage des femmes ait été tenu pour nul et non avenu. En complément de la loi citée plus haut, les femmes devenues veuves prenaient le statut de « maîtresses de la parole ». Et de manière plus générale, on reconnaissait aux femmes une intuition plus profonde, capable de pénétrer les mystères de la vie.

N’est-il pas significatif à cet égard que le salut du monde ait été annoncé en tout premier lieu à « une jeune fille de Nazareth nommée Marie » et qu’un petit groupe de femmes ait organisé dès que possible une veille silencieuse devant le tombeau où le Corps de Jésus allait bientôt se relever ? Il est à souligner le cas de la Vierge Marie qui, veuve de Joseph et Mère du Roi, a de ce fait une autorité totale (juridique et héréditaire) pour présider ici à l’accomplissement du rituel funéraire et plus largement prend la suite de son Fils dans l’Église naissante.

La coutume religieuse et culturelle donnait un ordre traditionnel aux femmes pour accomplir le rite de l’onction funéraire : La première place était réservée à la veuve du défunt, puis venaient les femmes de la famille, et enfin les amies ou femmes du village.

Dans le cas de Jésus, la priorité est donnée à la Vierge Marie, mère du roi défunt, puisque Jésus était reconnu comme descendant de lignée royale et par son père Joseph et par sa mère Marie. Rappelons-nous que peu avant sa mort, les habitants pauvres d’Ophel L’avaient acclamé comme messie et roi lors de son entrée à Jérusalem. Et les dirigeants religieux et politiques, dans leur volonté de préserver leur pouvoir usurpé depuis le retour d’exil à Babylone, voulaient Sa mort.

La priorité vient ensuite à Marie de Cléophas, veuve d’Alphée, le demi-frère de Joseph. Viennent ensuite les autres femmes disciples, notamment Marie-Salomé, Marthe ou encore Marie-Madeleine.

Or, rien ne se passe selon la tradition. Certaine que Son Fils accomplira ce qu’Il a promis (Sa Résurrection) la Vierge Marie ne cesse de veiller au Cénacle et elle laisse aux autres femmes le soin d’accomplir ce rituel funéraire. Notons que, selon la tradition de nombreux mystiques, Jésus ressuscité S’est montré en tout premier lieu à Sa mère ; puis, conformément aux évangiles, à de nombreuses femmes au même moment et à différents endroits, avant d’être vu par des hommes. Ainsi, les apôtres n’ont pas su recevoir les témoignages des femmes (et notamment celui des veuves) et il aura fallu que Jésus se place finalement devant eux pour qu’ils commencent à comprendre la réalité de ce qu’est Son Corps ressuscité.

Incohérence des témoignages

Certaines femmes racontent avoir vu un ange, d’autres affirment en avoir aperçu deux. L’une annonce même que le corps du Maître a disparu. Pierre et Jean, eux, ont effectivement constaté l’absence du Corps et ont supposé, avec foi et stupeur, que Jésus était retourné au Ciel auprès de son Père. Comme les autres apôtres, ils sont accablés, abattus, et demeurent prostrés. On comprend alors que les disciples d’Emmaüs, bouleversés et perdus, éprouvent le besoin de revisiter ensemble les événements récents. La confusion générale, ajoutée à l’horreur des deux derniers jours, les a peut-être poussés à reprendre le chemin de leur maison. Ils essaient de trouver une explication rationnelle, mais leur trouble est accentué par le silence des apôtres et l’absence de directives claires. Comment aller plus loin dans la foi alors que Jésus est monté au Ciel et que tout est fini ? Absorbés par leurs réflexions, « leurs yeux fixés ailleurs », ils ne reconnaissent pas Celui qui s’approche d’eux et marche à leurs côtés.

Simon et Cléophas témoignent selon les règles

Ayant écouté Jésus pendant leur trajet commun (de 60 stades, soit environ 2 heures), ils reconnaissent bien Sa manière d’enseigner à partir des Écritures. Cléophas, chef de la synagogue d’Emmaüs et témoin principal en raison de son âge, et son gendre Simon (à ne pas confondre avec l’apôtre du même nom) font partie des 72 premiers disciples, première génération formée par les apôtres sous la direction de Jésus. Chargés à leur tour de former la génération suivante, celle des 500, ils partiront ensuite sur les routes de la diaspora annoncer la Bonne Nouvelle. Ils ne savent que trop l’importance de l’authenticité de la parole dans la déposition d’un témoignage. Et la Parole qu’ils reçoivent de Jésus est "brûlante" de Vérité. Ils reconnaissent la façon d’enseigner de type rabbinique de Jésus à partir des Écritures, tant de Moïse que des prophéties concernant le Messie, et en même temps cette explication de l’accomplissement de l’Ancien Testament est nouvelle : ils en ont la primeur.

Retournant à Jérusalem à la lumière de la pleine lune, les deux compagnons se hâtent de témoigner, auprès des apôtres et des 72, de ce qu’ils ont vu et vécu. Et il faut bien remarquer qu’ils le font selon une règle qui exige la déposition conjointe de deux témoins oculaires, capables de fournir une preuve matérielle de leurs dires.

Une féconde relation du masculin et du féminin

Ils garderont précieusement les deux morceaux de pain qui s’emboîtent parfaitement l’un dans l’autre et leur évoquent l’exigence d’une parfaite concordance des témoignages. Leurs dires sont totalement recevables sur le plan juridique, car concordants : quand Simon proclame : « Jésus est ressuscité » et que Cléophas confirme cette affirmation en ajoutant : « Il est apparu à Simon », il atteste que Simon n’invente pas, il a bien vu ce qu’il dit avoir vu : Jésus a fait ce partage Lui-même et de Ses propres mains. Il n’est ni illusion, ni spectre !
Ces deux morceaux d’un seul pain font aussi écho à la concordance des témoignages des hommes et des femmes : personne n’a menti, tous ont réellement vécu ce qu’ils ont rapporté. Seule la cohérence manquait, à cause du manque de foi des uns et des autres.

La Vierge Marie - mère du Roi - est restée loin de toute cette confusion, silencieuse et paisible grâce à sa foi en la résurrection de son Fils. Une foi qui fait d’elle la Mère de l’Eglise, notre Mère.

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Route d’Emmaüs

Duccio di Buoninsegna - 1308-1311

Museo dell’Opera del Duomo - Florence - Italie


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