La catéchèse des premiers chrétiens :
un trésor pour la nouvelle évangélisation

Matthieu 15,21-28

Le miracle de la Cananéenne ouvre la Miséricorde aux nations

Évangile du dimanche 16 août

par , académicien

En guérissant la fille possédée de la Cananéenne, Jésus exerce Sa Miséricorde. Une Miséricorde qu’Il place au-dessus de la Loi qui ne concernait que les Juifs. Elle est la reconnaissance de la sublime expression d’un Amour absolu qui ne laisse de côté aucun homme… ni chez les gentils des nations ni parmi les enfants d’Israël[1].

Clin d'œil pour un nouveau regard sur la catéchèse :

Ceux qui frappent aujourd’hui à la porte de l’Église nous émerveillent souvent par l’ardeur de leur foi, mais sommes-nous vraiment disposés à les y accueillir comme Jésus accueille la Cananéenne ?

Données introductives

Évangile du dimanche 16 août 2026 :

20e Dimanche du Temps Ordinaire - Année A

Synopse de cet évangile :

Marc 7,24-30

Niveau d’enseignement : 1er niveau : catéchèse de Jésus aux familles, "dans les maisons" (pour tous)
Collier évangélique : Collier eucharistique (Pain de Vie)

Note : Le découpage liturgique des évangiles ne révèle pas leur composition en damiers et en colliers de perles. Rétablir cette connaissance - qui structure l'enseignement donné par Jésus Lui-même - apporterait richesse et facilité d'assimilation à la catéchèse.
Consulter Les colliers évangéliques (2003) et La mémoire en damiers (2023) et Marie Mère de l’Église (2025).

L'Évangile : Matthieu 15,21-28

Note de traduction : pour des questions de droits d’auteur qui nous empêchent de publier le texte commun, nous vous proposons ici une traduction de l'Évangile depuis la Vulgate latine et la Peshitta araméenne. Bien qu'imparfaite, notre traduction cherche à favoriser la conservation du contexte de ces deux traditions ecclésiales. La pertinence de cette page tient davantage au commentaire proposé à sa suite.

  1. [1]Et Jésus partit de là et vint dans la région frontière de Tyr et de Sidon.
  2. Et voici qu’une Cananéenne, venue de ces territoires, disait en criant : « Mon Seigneur, fils de David, aie compassion de moi ! Ma fille est mauvaisement tourmentée par un démon. »
  3. Mais Il ne dit mot et s’approchèrent Ses disciples pour insister : « Renvoie-la parce qu’elle crie trop fort après nous ! »
  4. Il répondit et leur dit : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. »
  5. Mais cette femme vint se prosterner devant Lui en disant : « Mon Seigneur, aie compassion de moi ! »
  6. Jésus lui dit : « Il n’est pas bien de prendre le pain de nos enfants [d’Israël] et de le laisser prendre par les chiens. »
  7. Elle dit alors : « Oui, Mon Seigneur c’est ainsi que les chiens mangent les petits bouts tombant de la table de leurs maîtres, et ils en vivent ! »
  8. Ce fut alors que Jésus lui dit : « Femme, ta foi est grande, qu’il soit fait pour toi comme tu l’as voulu. » Et, à l’instant même, sa fille fut guérie.

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Commentaire

Jésus visite les 12 tribus d’Israël et au-delà

Après avoir enseigné la malpanoutha dans les montagnes de Galilée puis envoyé Ses disciples en mission dans chacune des tribus d’Israël, Jésus consacre Son temps à parfaire la formation de ceux qui ont accueilli Sa Parole et à les préparer à rencontrer non seulement la diaspora[2] mais aussi les nations païennes. Il effectue pour cela un vaste périple qui le mène sur les confins de la terre d’Israël ; un voyage au cours duquel Il s’applique à former de nouveaux disciples à l’annonce de Sa Bonne Nouvelle et sans doute à préparer les femmes à reprendre leur rôle de « mère de mémoire », un rôle qui leur était traditionnellement dévolu dans les sociétés de culture orale et qui avait été obéré par les élites religieuses.

La foi spontanée d’une païenne

Il faut bien voir que Jésus est un homme de son temps et qu’Il est profondément connaisseur de la culture de ce singulier peuple juif dans lequel Il a vu le jour en terre d’Israël. S’Il n’ignore rien de ses coutumes et de son tour d’esprit, Jésus a un plan qui dépasse très largement leur vision égocentrée.

Malgré les prophéties eschatologiques qui, depuis les temps les plus anciens, annoncent la victoire du Dieu d’Israël sur toutes les fausses divinités qu’adorent les nations païennes, les hommes qui ont accueilli la malpanoutha sur la montagne et se sont mis avec ferveur à la suite du Prédicateur galiléen, ne laissent pas d’éprouver un certain embarras à l’idée que la Bonne Nouvelle pourrait être partagée avec des incirconcis. Une telle perspective heurte par trop leurs habitudes de pensée et peut-être aussi cette sorte de chauvinisme dont aucune nation n’est jamais totalement exempte.

Aussi, lorsqu’en répondant aux supplications de la Cananéenne, Jésus prononce cette phrase déroutante et qui semble l’exclure : « Je ne suis venu que pour les brebis perdues de la maison d’Israël », il faut bien comprendre que c’est en fait à ses propres disciples qu’Il s’adresse de façon indirecte. C’est dans leurs oreilles, à eux, que Ses paroles doivent résonner pour qu’ils comprennent à leur tour ce que cette étrangère a découvert par elle-même. Le but de sa pédagogie subtile et quelque peu ironique est en somme de les préparer à cet évènement capital que sera bientôt l’ouverture aux nations païennes d’un Salut qui, initialement, a été annoncé à la seule descendance charnelle d’Abraham.

Un parcours de foi exemplaire

Cette femme cananéenne qui implore à grands cris le secours de leur Maître - par miséricorde pour sa fille - sera pour eux un exemple à méditer, et un modèle susceptible de les préparer à ce qui va s’accomplir bientôt en faveur du reste du genre humain.

Pour être comprise au nombre des disciples de Jésus, elle a en effet effectué un trajet de conversion exemplaire et on pourrait dire qu’elle a « coché toutes les cases ».

Dans le mal qui tourmente si cruellement sa fille, n’a-t-elle pas su reconnaître l’action de ce mauvais esprit que la langue araméenne surnomme le « bicha » ? N’a-t-elle pas compris par elle-même, et grâce à sa sensibilité féminine, que Dieu était par nature Amour et Miséricorde ? Et enfin, en trompant la vigilance des gardes chargés d’écarter les non-juifs des assemblées d’Israël, et en cassant les oreilles des disciples à force de réclamations et de récriminations, n’a-t-elle pas apporté la preuve qu’elle était disposée à affronter tous les risques pour suivre Jésus ; ce doux Maître par qui elle s’est sentie personnellement « choisie », et avec lequel elle aspire désormais à partager une relation de type familial. C’est-à-dire cette relation de cœur à cœur faite d’attention, d’amour et de compassion réciproques qui devra bientôt unir tous les membres de l’Église du Christ ?
Cela s’appelle la Miséricorde ; en araméen "faire nous".

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Le Christ et la Cananéenne

Jean-Germain Drouais - 1784

Musée du Louvre


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