Jean 14,1-12
Je suis le Chemin : qui Me voit, voit aussi le Père
Évangile du dimanche 3 mai
par Pierre Perrier, académicien
Que l’univers ne se limite pas à la matière et à son intelligibilité, c’est la question que la science se pose aujourd’hui de plus en plus sérieusement et ce que les thuriféraires de l’athéisme contemporains ne semblent pas pressés de constater ; crainte peut-être que l’image du Dieu incarné ne revienne subrepticement habiter les consciences en y instillant un Amour qui rendra les cœurs paisibles et les idées limpides.
Clin d'œil pour un nouveau regard sur la catéchèse :
Auprès des scientifiques les miracles ont toujours mauvaise presse et pourtant la science multiplie aujourd’hui les découvertes qui violent l’ancien sens commun et pourraient leur inspirer une attitude plus modeste, les engageant à voir d’autres possibles du monde réel.
Données introductives
| Évangile du dimanche 3 mai 2026 : | 5e Dimanche de Pâques - Année A |
|---|---|
| Synopse de cet évangile : | Jean 8,14-29 et 16,6-7 |
| Complément d'information : | Marie Mère de l’Église page 22 |
| Niveau d’enseignement : | 3e niveau : enseignements de Jésus aux apôtres (pour les prêtres) |
| Colliers évangéliques : |
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Note : Le découpage liturgique des évangiles ne révèle pas leur composition en damiers et en colliers de perles. Rétablir cette connaissance - qui structure l'enseignement donné par Jésus Lui-même - apporterait richesse et facilité d'assimilation à la catéchèse. |
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L'Évangile : Jean 14,1-12
Note de traduction : pour des questions de droits d’auteur qui nous empêchent de publier le texte commun, nous vous proposons ici une traduction de l'Évangile depuis la Vulgate latine et la Peshitta araméenne. Bien qu'imparfaite, notre traduction cherche à favoriser la conservation du contexte de ces deux traditions ecclésiales. La pertinence de cette page tient davantage au commentaire proposé à sa suite.
- [1]Ne laissez pas votre cœur se troubler, ayez confiance en Dieu et croyez en Moi.
- Sont nombreuses les demeures dans la maison de mon Père, Je ne vous l’avais pas dit pour aller vous préparer une place.
- Et si J’ai à préparer une place pour vous, Je reviendrai et Je vous prendrai avec Moi afin que là où Je suis, vous soyez aussi.
- Vous savez où Je vais et vous en connaissez le chemin.
- Thomas lui dit : « Notre Seigneur, nous ne savons pas où Tu vas, et comment pourrions-nous en connaître le chemin ? »
- Jésus lui dit : « Je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par Moi.
- Mais si vous M’aviez connu, vous auriez certainement connu aussi mon Père ; et dès maintenant vous Le connaissez, et vous L’avez vu. »
- Philippe lui dit : « Notre Seigneur, montre-nous le Père, et cela nous suffit. »
- Jésus lui dit : « Il y a si longtemps que Je suis avec vous, et tu ne Me connais pas ? Philippe, celui qui Me voit voit aussi le Père. Comment peux-tu dire : “Montre-nous le Père” ?
- Ne crois-tu pas que Je suis dans le Père et que le Père est en Moi ? Ces paroles que Je dis, Je ne les dis pas de Moi-même ; ainsi c’est mon Père qui demeure en Moi qui fait ces œuvres.
- Croyez que Je suis en mon Père, et que Mon Père est en Moi sinon croyez au moins à cause des œuvres.
- En vérité, en vérité, Je vous le dis, celui qui croit en Moi fera aussi les œuvres que Je fais ; et il en fera de plus grandes, parce que Je vais auprès du Père.
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Commentaire
Derrière l’apparente simplicité du texte
En dépit de sa brièveté, cet évangile ne laisse pas de nous impressionner par la densité et la profondeur de son contenu. Nous n’aurons donc pas l’outrecuidance de vouloir en épuiser le sens en un commentaire que nous avons pris pour règle de limiter.
Des courtes phrases que Thomas et Philippe échangent avec leur Maître découle en effet un enseignement pour le moins complexe et serré. Il relève aussi bien de la théologie et de l’anthropologie que du simple questionnement philosophique. En nous le transmettant, Jean[1] nous invite à une méditation en profondeur, qui portera non seulement sur la capacité de notre esprit à pénétrer le mystère de Dieu, mais aussi sur les conséquences que cette expérience spirituelle peut entraîner relativement à notre vie morale.
Aux propos que Jésus leur adresse, on va voir que les deux disciples font des réponses significativement différentes : des réponses qui laissent sentir chez eux des comportements culturels, des tournures d’esprit et des aspirations sensiblement différents.
Thomas réagit en homme de culture orale
Thomas est un homme de pure culture orientale et surtout un fidèle lecteur de la Torah. C’est dire qu’il n’est guère à l’aise avec les idées abstraites et les constructions conceptuelles. Sa manière de comprendre le monde et les préoccupations intellectuelles qui l’animent sont essentiellement d’ordre pratique. C’est un homme de culture orale qui enracine spontanément ses pensées dans la vie charnelle et qui aime à en exprimer les mystères en leur trouvant des analogies dans les réalités les plus simples.
Aussi, ce qui l’intéresse dans l’ordre de la morale, ce n’est pas de se plonger dans de hautes spéculations d’ordre éthique, mais de suivre avec assurance un chemin juste et clair qui le mènera à la vérité ; mais à une vérité dont il faut voir qu’elle risque bien de prendre la forme d’un code de bonne conduite dont il n’y aurait qu’à appliquer les préceptes à la lettre et avec une application digne des disciples de Moïse.
Or ce n’est pas du tout cela que Jésus attend des disciples qu’Il a entraînés à Sa suite et dont Il a décidé de faire, non Ses serviteurs, mais « Ses amis ». En leur disant « Je suis le chemin et la vie » Il leur propose en effet d’entrer avec Lui dans un « cœur à cœur » ; et ainsi, de contempler directement le Père qui est présent en Lui, en participant à cette procession de l’Esprit Saint qui « leur enseignera toutes choses ».
Philippe et la réaction d’un "parlant grec"
Les préoccupations de Philippe sont quant à elles plutôt d’ordre intellectuel. Et il n’est d’ailleurs pas indifférent que l’étymologie de son surnom[2] le désigne comme un Hébreu hellénisant ou un « parlant grec ». Ce détail ne va pas sans suggérer chez lui un certain attachement à l’hellénisme et à la rationalité philosophique qui le caractérise. Quand il dit à Jésus « Montre-nous le Père et cela nous suffit », Philippe découvre en fait tout le fond de sa pensée. Ce qui l’intéresse ce sont les conditions de possibilité d’une connaissance de Dieu qui passerait par les ressources de l’esprit humain. Il aspire à une explication qui lui permettrait de connaître le Père à force d’argumentations rationnelles et de concepts savamment agencés ; en somme il rêve d’une « théorie du Monde » propre à décrire la création et le Créateur Lui-même, à travers un système de pensées parfaitement cohérent.
Ce que notre philosophe n’a pas compris, c’est que la gloire du Père se déploie bien au-delà des réalités terrestres et de leur intelligibilité limitée ; dans une tout autre dimension ontologique où Son Amour infini règne seul, et que Blaise Pascal appelait « l’ordre de la Charité »... C’est cet ordre que les séraphins chantent dans les hauteurs des Cieux et que l’homme ne peut contempler qu’en la personne du Fils en qui le Père est pleinement présent... Ordre que l’esprit humain ne peut pas seulement concevoir mais qui parfois peut se manifester dans la Création elle-même, à travers ces autres « possibles » de la réalité que sont les miracles !
Un nouveau réel pour les scientifiques !
Ces « possibles », Dieu Seul évidemment en a la maîtrise, mais ils semblent toutefois de nature à inspirer de bonnes questions à de nombreux savants d’aujourd’hui, déçus qu’ils sont par les idéologies matérialistes et déterministes qui ont dominé la pensée scientifique pendant trois longs siècles et servi de justification à tous les modernismes et à toutes leurs idéologies sanguinaires.
Avec son fameux « théorème d’incomplétude », Gödel n’a-t-il pas montré que « tout système mathématique cohérent comporte au moins une proposition indécidable » et que, de ce fait, il est désormais impossible de concevoir un système de pensée scientifique qui serait une « pensée du tout » et rendrait totalement compte de la réalité de l’Univers... et de son Créateur ?
Quant à Bernard d’Espagnat, n’a-t-il pas pu dire que la théorie quantique avait révélé l’existence d’un « réel voilé » dans lequel « les choses ne sont plus tout à fait des choses », et prédit qu’elle nous obligerait bientôt « à remettre en cause tous les présupposés ontologiques sur lesquels la pensée occidentale s’est construite depuis plus de 2000 ans » ?
Qu’on le veuille ou non, les lois de Newton ne concernent que les zones moyennes de l’Univers en dehors desquelles règne un profond mystère. Ainsi, les miracles ne sont-ils pas d’autres possibles, des signes de Dieu pour nous faire sentir Sa réalité qui nous dépasse ?
Nous indiquons ci-dessous les versets 13 et 14 pour faire la jonction avec le commentaire suivant en Jean 14,15-26 : Une Parole que Jésus « re-féconde » par son Amour
- Et ce que vous demanderez en Mon Nom, Je le ferai pour vous afin que le Père soit glorifié dans le Fils.
- Et si vous demandez en mon Nom, Je le fais.
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