La catéchèse des premiers chrétiens :
un trésor pour la nouvelle évangélisation

Matthieu 21,33-43

Le maître de la vigne et l’orgueil des vignerons

Évangile du dimanche 4 octobre

par , académicien

Cette parabole des vignerons nous donne à méditer sur la sagesse du Seigneur Dieu et sur notre responsabilité quant aux dons que nous avons reçus...

Données introductives

Évangile du dimanche 4 octobre 2026 :

27e Dimanche du Temps Ordinaire - Année A

Synopse de cet évangile :
  • Marc 12,1-12
  • Luc 20,9-19
Niveau d’enseignement : 2e niveau : enseignements de Jésus aux disciples (pour les diacres)
Colliers évangéliques :
  • Colliers apocalyptiques
  • Collier des controverses

Note : Le découpage liturgique des évangiles ne révèle pas leur composition en damiers et en colliers de perles. Rétablir cette connaissance - qui structure l'enseignement donné par Jésus Lui-même - apporterait richesse et facilité d'assimilation à la catéchèse.
Consulter Les colliers évangéliques (2003) et La mémoire en damiers (2023) et Marie Mère de l’Église (2025).

L'Évangile : Matthieu 21,33-43

Note de traduction : pour des questions de droits d’auteur qui nous empêchent de publier le texte commun, nous vous proposons ici une traduction de l'Évangile depuis la Vulgate latine et la Peshitta araméenne. Bien qu'imparfaite, notre traduction cherche à favoriser la conservation du contexte de ces deux traditions ecclésiales. La pertinence de cette page tient davantage au commentaire proposé à sa suite.

  1. [1]Écoutez une autre parabole : « Un homme, qui était le dirigeant d’une maison, planta une vigne, et l’entoura d’une haie, et y creusa un pressoir, et y construisit [au milieu] une tour, puis il l’afferma à des vignerons et partit voir ailleurs.
  2. Au moment où les grappes devenaient mûres, il envoya ses serviteurs aux vignerons pour se faire envoyer la part lui revenant des fruits de sa vigne.
  3. Et il y eut des vignerons qui saisirent ses serviteurs et il y en eut de battus, et de lapidés, et de tués parmi eux.
  4. Il envoya à nouveau d’autres serviteurs, plus nombreux que les premiers, et ils [les vignerons] firent de même.
  5. Alors en dernier il envoya auprès d’eux son fils, se disant qu’ils n’oseraient pas s’opposer à lui.
  6. Alors quand les vignerons virent le fils, ils se dirent entre eux : "C’est l’héritier, allons-y ! tuons-le ! et nous aurons son héritage."
  7. Et en premier ils le saisirent puis le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent.
  8. Une fois [re]venu, que fera alors le maître de la vigne à ces vignerons ?
  9. Ils lui dirent : "Mal pour mal leur sera rendu[2] et la vigne sera louée à d’autres vignerons de sorte qu’ils lui en donnent les fruits."
  10. Jésus leur dit : « N’avez-vous pas répété à haute voix ce qui a été mis dans les Écritures[3] : "La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre angulaire ? Cela est l’œuvre du Seigneur-Dieu, et c’est une merveille à nos yeux."
  11. C’est pourquoi Je vous dis que le Royaume de Dieu vous sera enlevé et sera donné à une nation qui en produira les fruits. »

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Commentaire

Une heureuse colonie de travail

La vigne que décrit cette page d’évangile a bien sûr une valeur hautement analogique. Elle évoque une sorte de colonie heureuse dans laquelle tout aurait été prévu afin que la vie se déroulât sans problème, et pour le plus grand bonheur de ceux qui y travaillent. Tous les éléments que Matthieu évoque dans cette description présentent une importance singulière qui mérite d’être méditée :

Cette tour s’élève vers le ciel comme un temple au-dessus d’une ville et manifeste la bienveillance d’un Maître tout puissant qui n’est autre que Dieu Lui-même ; un Dieu très aimant qui envoie son Fils pour sauver une humanité rebelle.

Aussi, en embauchant des ouvriers pour sa vigne, ce Maître a tout prévu afin qu’ils soient justement rétribués de leurs peines et qu’à condition de partager un même souci du « bien commun », ils puissent y mener ensemble une vie heureuse et paisible.

Le mauvais esprit

Hélas, certains ouvriers perdent de vue le don initial et finissent par s’aigrir en oubliant que cette vigne leur a seulement été confiée, et cela à la condition expresse qu’ils lui fassent donner des fruits. Tous oublient qu’ils ne font pas vraiment partie de la famille du Maître et qu’ils n’ont donc par eux-mêmes aucun droit à prétendre sur son héritage.

Dans leur aveuglement, ils se croient en somme indispensables et légitimes, et pas une seule seconde ils n’imaginent que bien d’autres auraient pu être choisis à leur place et jouer avec plus de bonheur qu’eux le rôle de serviteurs qui leur a été imparti !

Ils ne considèrent que leur seul travail et leur seul mérite, et pas du tout ce que leur Maître a mis gratuitement à leur disposition pour qu’ils puissent les exercer. En sorte qu’ils vivent comme une injustice le fait de ne pas pouvoir garder pour eux-mêmes la totalité de leur récolte... Alors qu’en réalité, ils sont appelés à transmettre l’héritage de Sagesse donné par Dieu.

Une révolte qui « monte aux extrêmes »

S’estimant floués et volés, ils regardent les envoyés de leur Maître comme autant d’intrus, contre lesquels ils se sentent en droit d’exercer ce que Lénine qualifiait de « juste violence révolutionnaire » ; une violence dont le verset 35 exprime admirablement le caractère éruptif et l’emballement incontrôlable…

Les uns après les autres, les envoyés du Maître ne semblent-ils pas happés dans un crescendo d’hostilité qui rappelle un peu cette mécanique infernale que Carl Schmitt appelait « la montée aux extrêmes »[1]. Ne subissent-ils pas une escalade d’attaques de plus en plus sévères ? Ne sont-ils pas tour à tour « battus »… puis « lapidés »… puis finalement « mis à mort » ?

La mission du Fils et l’autopunition des coupables

Confrontée à l’entraînement de cette violence éruptive, l’attitude du fils semble au contraire se caractériser par sa douceur. Il convient en effet de remarquer deux points importants à son sujet :

Le mal se retournera contre ceux qui le commettent (verset 41) et la conséquence en sera la création d’un monde parfaitement invivable, qui sera en toutes choses à l’opposé de celui dont la vigne est l’image : un monde où personne ne se souciera plus du bien commun.

Une Nouvelle Alliance fondée sur une pierre d’angle

Les architectes de Palestine désignaient par ce terme une grosse pierre qu’on posait à flanc de colline afin qu’elle servît d’appui à l’ensemble d’un nouvel édifice. Prendre comme pierre d’angle « la pierre qu’ont rejeté les bâtisseurs » signifie donc faire table rase d’un peuple infidèle et exclusif, qui se considérait comme le meilleur (la terre d’Israël), et faire reposer l’édification d’une maison toute nouvelle sur un peuple plus ouvert, jadis méprisé par les judéens et devenu accueillant à la Bonne Nouvelle (l’ensemble des nations).

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Le fils de la vigne

James Tissot, 1886-1894

Brooklyn Museum


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